Sainte-Beuve, Lundis
OUVERTURE DE SA PRÉDICATION bl
d convertir, et, s'il emploie à cela toutes les lumières de sa forte raison, il parle surtout avec les ressources immenses de sa piété, de son zèle et de sa foi. Cette éloquence, dans ces nuances tempérées, ne fatigue pas, elle va au but, s'impose à Fauditeur et, quoiqu'elle s'abstienne de termes recherchés, d'intéressantes imaginations, de brillantes périodes, d'ornements académiques, elle captive les esprits et gagne les cœurs, parce qu'elle prend sa beauté et sa grandeur dans la vérité même.
Avant de voir Bourdaloue à l'œuvre et de le suivre dans la mêlée, détaillons encore l'armure spéciale dont Dieu l'avait revêtu pour le triomphe de la vérité. Attaché à la tradition, puisant ses enseignements dans l'Evangile, il condensait dans ses sermons une grande somme de preuves et de raisons qui rendaient ses démonstrations excellemment décisives et pratiques. Son exposé se basait sur des arguments qui ressemblaient à des formules d'axiomes et qui faisaient de ses sermons un corps d'idées, un ensemble de thèses irréfutables. Cette méthode si rigoureuse par sa précision ne l'asservissait pas. Bourdaloue avait son indépendance de jugement, et il la gardait même à r(''gard des propositions soutenues par les plus célèbres docteurs. Parfois il émettait, à l'encontre de leCirs idées, des interprétations personnelles, et il ne craignai |)as de différer d'opinion avec les Origène, les Tertullien, les Cyrille et les Auguslin. Mais, s'il se permettait ces interprétations à lui, il s'en tenait d'ha-
52 BOURDALOCE
bitude à l'opinion généralement acceptée. Dans son commerce assidu avec les génies chi-étiens, ces dt'saccords ])assagers, loin de nuire à son enseignement, lui donnaient un plus piquant attrait.
La critique a marqué les principales éta|)es de la carrière oratoire de Bourdaloue à la cour et dans les paroisses où il fut appelé. Elle les détaille ainsi : sept avents et cinq carêmes devant le roi, une vingtaine de stations dans les grandes églises de Paris, un carême à Rouen', un avent et un carême à Montpellier-. Dans son livre si remarquable, Feugère a dressé la liste des douze stations pi'êchées à la cour et marqué l'année et le lieu de chacune d'elles. A son tour, lajjbé Hurel a donné un ta])]eau détaillé qui contient quelques indications nouvelles prises de Dangeau et de la Gazette'^'. Dans leurs savants travaux, M*-' Blampignon et le F. Lauras^ ont fix('', eux aussi, les époques des stations |>rêch('es par Bourdaloue dans les chapelles des Tuileries, de Saint-Germain-en-Laye, de Fontainebleau et de Versailles. Les uns et lesautres, pour cela, ont |)uisé aux sources, consulté \di Liste générale des prédicateurs^ fait des recherches dans le Journal de Dangeau et les Lettres de M"'" de Se vigne ainsi que dans la Gazette^ le Mercure galant et la Muse histoy^ique-\
1. Lettre de Hourdaloiie au maréchal de (Jraiiiont, 28 mai 1677.