Sermon pour la fêle de tous les Saiyila. Avcnl de
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tique et d'une éloquence si ])énétrante, les courtisans et les princes, déçus et humiliés, devaient sentir amèrement la vanité de toutes leuis ambitions et de toutes leurs grandeurs.
Une suffit pas au prédicateur d'avoir ainsi mis à nu les inquiétudes et les désillusions des mondains, il étale aux yeux de tous leur mécontentement et leur tristesse. « On voit dans le monde des hommes qui paraissent amplement récompensés, on en voit dont les récompenses vont même bien au-delà de leurs services et de leurs mérites. Mais en voit-on de contents? En voyez-vous? en avez-vous vu? espérezvous jamais d'en voir? et, s'ils ne sont pas contents à quoi servent donc leurs prétendues récom|)enses? Ils regorgent de biens et d'honneurs, et il semble que le monde se soit épuisé pour les élever à une prospérité complète; mais leur cœur est-il satisfait? Ne désirent-ils plus rien? Se croient-ils heureux ? et, dans leur bonheur apparent, trouvent-ils la félicité? Le monde n'avait pas manqué de mêler parmi ses faveurs des semences d'amertume. En les rendant puissants et opulents, il leur avait donné tout ce qui est de son ressort ; mais il n'avait pu leur donner ce rassasiement, cette i»aix du cœur sans quoi on n'est pasheureux. Quelque heureux qu'ils paraissent; combien leur manque-t-il de choses pour l'être? Vous me direz qu'ils étaient malheureux parce qu'ils étaient insatiables. Mais pourquoi donc étaient-ils insatiables, sinon parce que jamais les forces du monde, quelque abondantes que nous les conce-
vions, ne pourront rassasier le cœur humain '. » Quelle connaissance de notre nature ! Comme un tel langage en pénètre les secrets, en scrute les replis, en dévoile les besoins, il y a là les leçons d'un moraliste consommé.
C'était la première fois que Bourdaloue prêchait devant Louis XIV; ce sermon ouvrit, en effet, TAvent de 1670. A la fin de la péroraison, en montrant au roi la gloire des saints dans le ciel, il lui parla en ces termes : « Voilà, Sire, la gloire qui vous est réservée et qui doit mettre le comble à votre bonheur. Tout le reste, quoique grand, ne remplit pas la destinée de Votre Majesté... Il vous serait bien inutile d'être aussi savant dans l'art de régner sur les hommes et d'ignorer celui qui rend capable de régner un jour avec Dieu. Si le bonheur d'un prince pouvait consister dans le nombre des conquêtes, s'il était attaché à ces vertus royales et éclatantes qui font les héros. Votre Majesté, contente d'elle-même, n'aurait plus rien à désirer, elle n'aurait qu'à jouir tranquillement du fruit de ses glorieux travaux... Régner dans le ciel, sans avoir jamais régné sur la terre, c'est le sort d'un millier de saints, et cela suffit pour être heureux. Ri'gner sur la terre, pour ne jamais régner dans le ciel, c'est le sort d'un million de princes, mais de princes réprouvés, et par conséquent malheureux... La sainteté d'un chrétien est comme l'effet ordinaire de la grâce; la sainteté