Lettre du 18 marslGIl
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langage, dédaigne Téclat des images et le brillant des métaphores, elle n'est rien moins que magnifique. Dans sa simplicité, la parole de Bourdaloue ne farde pas la vérité, et c'est ce qui explique, tant elle vit de son naturel, que, depuis plus de deux siècles, elle n'ait pu se faner et vieillir. Ces considérations sur la mort sont d'une éloquence supérieure, elles renferment des splendeurs dans leur sobriété, elles émeuvent jusqu'au plus profond de l'àme, et elles résonnent comme le récit du drame le plus réel et le plus poignant. Dégagées de tout éclat emprunté, elles sont réellement belles. Bourdaloue, dans ce magnifique sermon, prouve qu'il n'est ni un théoricien pur, ni un esprit exclusivement positif. Il montre une vraie sensibilité d'âme, et, par la profondeur de ses sentiments, il provoque encore l'émotion de ceux qui le lisent; aussi quel ne devait pas être le saisissement des cœurs assez heureux pour l'entendre ! Après Bossuet, nul n'a parlé sur la mort comme lui, et l'on comprend l'apostrophe justement admirative de M'"*" de Sévigné, citée plus haut.
Qui, en effet, ne se sentirait remué au plus intime de lui-même à pareil langage? « La mort, dit-il, est à notre égard la preuve palpable et sensible (lu néant de toutes les choses humaines pour lesquelles nous nous passionnons. C'est elle qui nous le fait connaître : tout le reste nous im|)Ose ; la mort seule est le miroir fidèle qui nous montre sans déguisement l'instabilité, la fragilité, la caducité des
biens de celte vie; (|ui nous désabuse de toutes nos erreurs, qui détruit en nous tous les enchantements de l'amour du monde, ot qui, des ténèbres mêmes du tombeau, nous fait une source de lumière, dont nos esprits et nos sens sont également pénétrés. Toutes les pensées des hommes, livrés à leurs passions, ce jour-là, s'évanouissent. Le jour de la mort, que nous nous figurons plein d'obscurités, dissipera tous les nuages. Ils cesseront de croire ce qu'ils avaient toujours cru, et ils commenceront à voir ce qu'ils n'avaient jamais vu. Ce qui faisait le sujet de leur estime deviendra le sujet de leur mépris ; ce qui leur donnait tant d'admiration les remplira de confusion. En sorte qu'il se fera dans leur esprit comme une révolution dont ils seront eux-mêmes surpris, saisis, effrayés. Ces idées chimériques qu'ils avaient du monde et de sa prétendue félicité s'eftaceront tout à coup et s'anéantiront... tls n'auront plus ces entêtements de se pousser, ni ces désirs de s'enrichir, parce qu'ils verront dans un plein jour la bagatelle de tout cela^ »
Et, après avoir si excellemment démontré que la mort est éminemment illuminatrice, Bourdaloue dissipe à ses clartés les ténèbres que les passions répandent dans les cœurs. « Nos passions sont vaines, il suffit, pour s'en convaincre, de se faire une juste idée de la vanité des objets auxquels elles s'attachent; cela seul doit éteindre dans nos âmes le
I. Sermon sur la Pensée de lu mort, Carême de 1671 à Notre-Dame.
BOURDALOL'I-;
feu de la concupiscence qu'elles y allument. Car, avouons-le, quoique à notre honte : tandis que les biens de la terre nous paraissent grands et que nous les supposons grands, il nous est comme impossible de ne pas les aimer, et en les aimant de ne j)as en faire le sujet de nos plus ardentes passions. Quelque raison qui s'y oppose, quelque loi qui nous le défende, quelque vue de conscience et de religion qui nous en détourne, la cu|)idit('' l'emporte ; et, préoccupés de l'apparence spécieuse du bien qui nous flatte et qui nous séduit, nous fermons les yeux à toute autre considération ])our suivre uniquement l'attrait et le charme de notre illusion. Pourquoi ? Parce que notre imagination trompée et pervertie nous les représente comme des biens réels et essentiels dont dépend le parfait bonheur K »
Poursuivant avec son inflexible logique, Bourdaloue rend ces vérités sensibles à ses auditeurs. C'est alors qu'il déroule à leurs regards éi)0uvantés cette suite de tableaux qui, tracés en quelques mots, sont de tout point admirables, a Sotivenez-vous, homme, que vous êtes poussière et que vous retournerez en poussière. Je n'ai qu'à l'adresser cet arrêt à tout ce qu'il y a dans cet auditoire d'àmes j)assionnées... Venez, avare : vous brûlez d'une insatiable cupidité, dont lien ne |)eut anéantir l'ardeur, et, parce que cette cupidité est insatiable, elle vous fait commettre mille iniquités... Considérez bien ce cadavre; venez