‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 61 sur 347 · Lettre du 23 décembre · texte numérisé non relu

Lettre du 23 décembre

OUVEHTUKE DE SA PHÊDICATION 8ti

poui' juger de la sévérité clirétieniie; elle eoiisiste « dans un plein d(''sintéressement, dans une sévère humilité et dans une charité patiente et compatissante ». La marque certaine de la sévérité évan- ^élique est tout d'abord un désintéressement absolu. (( Une vi(^ correcte et entièrement mortifiée n'est point toute seule un témoignage convaincant de la sévérité que l'Evangile nous recommande. En voici la raison . C'est que, dans cet extérieur de mortification et de régularité, il peut y avoir un intérêt caché où la nature se trouve. Quel intérêt, me direz-vous ? un intérêt d'autant plus difficile à vaincre et plus dangereux qu'il est plus déguisé et plus raffiné, c'est-à-dire un intérêt où la piété se mêle, et qui est revêtu de ce qu'il y a de plus spécieux et de plus éclatant dans la religion. »

Et, de peur que l'on ne s'abuse et que l'on ne se fie à des apparences trompeuses, il ajoute : a Des esprits qui se font un intérêt d'être sévères et dont il semble que la politique soit d'être regardés dans le monde et tenus pour tels : et moi je soutiens que, du moment qu'ils se font un intérêt de l'être, dès là ils cessent de l'être, et qu'il est impossible qu'ils le soient; parce qu'il n'y a point de contradiction plus positive dans la morale chrétienne que celle qui se rencontre entre ces deux termes, la recherche de l'intérêt et la sévérité... S'il arrivait que, n'ayant rien peut-être d'ailleurs par où nous pousser dans le monde et y faire quelque figure, nous entrepi-enions d'en venir à bout par les apparences d'une vie i)lus

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réformée; que par l<à l'on cherchât à s'établir, par là Ton se fit des amis, par là Ton se ménageât des patrons, par là l'on eût des desseins, des espérances, des vues,... en sorte que tout cet éclat de piété sévère n'aboutît qu'à conduire une intrigue, qu'à soutenir une entreprise, qu'à engager celui-ci, qu'à gagner celle-là ; qu'à entretenir cette société, ce commerce indigne : pourrait-on dire alors qu'il y eût le moindre vestige de cette sévérité chrétienne qui doit nous rendre parfaits? Ah 1 mes chers auditeurs, ce serait bien renverser les idées des choses et prendre plaisir à nous séduire nous-mêmes ^ »

Après avoir ainsi démasqué ces fausses apparences de religion et d'austérité, Bourdaloue, dans la troisième partie du sermon, démontre que la sévérité évangélique consiste dans la rigueur envers nous-mêmes et dans l'indulgence envers les autres. « La charité pour les autres et la sévérité ])Our soimême, ce sont deux devoirs qui se touchent d'euxmêmes, et qui, bien loin de se combattre, s'entretiennent mutuellement... Sévérité véritable : car, pour accomplir tout cela, que ne faut-il pas prendre sur soi-même? combien de victoires ne faut-il pas remporter sur son naturel, sur son humeur, sur ses passions? Pour avoir celle charité |)atiente, que ne faut-il pas endurer? à combien de bizarreries et de caprices de la part de ceux avec qui l'on vit? à combien de manières importunes, radieuses, cho-

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