iîeniio H sur la Sévérilé évan;/élique. 1'" partie
qualités, ne faut-il pas s'accommoder? Quelles aversions et quelles antipathies naturelles ne faut-il pas surmonter? Four avoir cette charité discrète et sage, en combien de choses ne faut-il pas se contraindre? en combien de rencontres ne faut-il pas se taire quand ou voudrait |)arler, acquiescer quand on serait tenté de résister, excuser quand on aurait envie de contrôler, aimer mieux paraître dans l'entretien moins agréable et moins spirituel que d'offenser et de railler?... Qu'est-ce que la sévérité évangélique, si ce ne l'est pas là?... Mais qu'arrivet-il ? Au lieu de raisonner et d'agir suivant ce principe, nous confondons tout l'ordre des choses; et par un renversement que l'amour-propre ne manque pas de faire dans notre cœur, au lieu d'exercer contre nous-mêmes cette sévérité, nous l'employons contre nos frères. Car, à -quoi se réduit cette sévérité dont nous nous flattons... Elle nous rend fâcheux, importuns, critiques, censeurs des actions d'autrui et insupportables... Si notre sévérité dégénère dans ces abus, ce n'est plus qu'une sévérité fausse. » Une telle prédication n'était pas à l'adresse d'un auditeur pris en particulier, elle s'étendait à tous, et chacun pouvait s'en faire l'application et s'y retrouver aussi bien que M. de Tréville.
On comprend que les esprits religieux ne fussent pas les seuls à goûter une parole si chrétienne ; les érudits et les mondains, eux encore, se sentaient attirés et captivés, et quand, après plus de deux siècles, on se livre à une lecture attentive de ce
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sermon, on éprouve les sentiments d'admiration qu'il inspira autrefois. La parole de Bourdaloue, toujours simple et grave, traduisait des pensées très hautes, prises au contact même de la vie par l'étude des âmes et par l'observation des faits. Aussi l'on s'expliquait que Paris partai^eàt l'engouement de la cour; les stations de 1671 à Notre-Dame et à Saint.-Jean-en-Grève avaient été à la hauteur de l'Avent de 1670 aux Tuileries. De nombreux échos de l'enchantement général sont parvenus jusqu'à nous. M'"" de Sévigné, si assidue aux prédications de l'éloquent jésuite, ne se lasse pas d'en faire l'éloge. Elle écrit, le 18 février: « Je vais aux sermons de Bourdaloue », et, quelques jours après, elle note ainsi ses impressions : « Bourdaloue me donne des satisfactions qui devraient me rendre sainte '. » Au cours de la même station, elle ajoute : (( Le P. Bourdaloue prêche : bon Dieu ! tout est audessous des éloges qu'il mérite-. » Le surlendemain, elle observe que « les mères de l'Église y étaient, ("est ainsi que j'appelle M"'^ de Longueville et la princesse de Conti-'. » Un jour, n'ayant pu assister au sermon à cause de la foule, elle dit : (( J'avais grande envie de me jeter dans le Bourdaloue, mais l'impossibilité m'en a ôlé le goût : les laquais y étaient dès midi, el la |)resse était à mourir''. » Le (concours commençait à ètie tel, en eiïel,