‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 64 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'éloquence de Bourdaloue grandissante. — La critique et les stations de 1612 et 1613. — Détails historifiues et chronologiques. — Le mot du maréchal de Gramont. — La mort de Marie-Thérèse de France, — Une annonce de la Gazette. — Bourdaloue au duc de Charost. — Antoine Arnauld et la station de Saint-Eust ache. — Le Carême de 1674. — M"" de Se vigne et \eSei-mon sur laParfaile observation de la loi. « Je parle devant le plus grand roi du monde, je ne crains pas de parler avec trop de liberté. » — Dieu soumet à la loi la souveraineté même. — « Grands, écoutez-moi ! » — Les petits apprennent des grands à obéir. — Plus on est sujet à la loi, plus on est heureux, libre, maître. — Dieu contraint l'homme dans ses passions' — Le sacrifice de ce que nous avons de plus cher. — L'irréligion chassée de la cour; « que ne peut Votre Majesté contre d'autres désordres? » — Élévation et liberté de ce langage. — M"" de Sévigné exagérait-elle les éloges? — Louis XIY à l'apogée de son règne. — Le Sermon stir VAmbition. — Dix ans avant, Bossuet avait traité le sujet à un autre point de vue. — L'ambition insatiable des grands. — On se pousse aux dignités sans vocation. — « C'est assez qu'un tel soit fils d'un tel. » — «;Mème pour l'Église, quel égard a-t-on à la vocation?» — « On se fait gloire de ses fiertés et de ses hauteurs. » — « On devient grand par machines et par ressorts. » — Les croix viennent des grandeurs. — « Je suis la chimère du monde : je suis tout et je ne suis rien. » — Goût du roi pour la parole de Bourdaloue. — M"° de La Vallière exprime son admiration au maréchal de Bellefonds. — Soins du prédicateur dans la préparation de ses sermons. — Son éloquence s'épanouissait sous l'intluence d'une bénédiction céleste visible.

La prédication de Bourdaloue était en pleine période ascendante, elle s'affirmait d'année en année avec plus d'autorité et d'éclat. Cette montée dans l'éloquence, où l'on voyait son talent oratoire se développer et grandir, élevait le prédicaleur à ce

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degré si difficile à atteindre où l'on devient irn'sistiblement atti-actif et puissant. Si, dès les débuts, l'éloquent jésuite avait été applaudi et goûté, déjà il était admiré et célèbre, on sentait qu'il était un orateur et un apôtre. Sincère, clair, énergique, zélé, quel que fut le milieu où il eût à se faire entendre, la force de ses convictions et la pureté de ses sentiments rendaient sa parole souverainement efficace. Bourdaloue aimait avec passion Dieu, l'Eglise, les âmes, la France, la monarchie, et il avait le secret de faire passer ses grands amours dans les cœurs. Dans la défense de leur cause, il employait autant d'élévation que de prudence, autant de patience que d'énergie. Sa foi, une foi inébranlable, était la source de son inspiration et de son courage. Tout épris de la beauté de l'Évangile, Bourdaloue avait l'horreur de ce qui lui apparaissait être un reste honteux du vieux paganisme, aussi combattait-il intrépidement, en tout lieu, à toute heure, l'égoïsme ancien, avec ses prétentions orgueilleuses, ses recherches intéressées, ses appétits sensuels. Il demandait à ses auditeurs de rejeter ouvertement les erreurs du passé et les préjugés de leur temps, d'affirmer leurs croyances et de se prononcer courageusement en faveur de la vérité. Pour cela, il s'efforçait d'établir leurs convictions sur des bases solides, sur l'indestructible accord de la raison et de la foi. Et ainsi sa méthode oratoire, toujours appropriée à cette fin, opé*rait le salut d'un grand nombre d'àmes. Sa prédication servait de modèle, et, quoiqu'elle ne semblât

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pas trop se distinguer de celle des prédicaleurs de son ordre, si elle suivait les sentiers battus, elle le mettait cependant hors de pair par le fruit qu'il savait en tirer.

Bourdaloue prêcha le Carême de 1672 à la coui' et, d'après la Gazette^ les sermons de cette station furent donnés à Versailles, à l'exception toutefois de ceux de la semaine sainte, prononcés par lui à Saint-Germain. Le fameux mot du maréchal de Gramont paraît avoir été dit au cours de cette station. M""' de Sévigné raconte avec sa finesse habituelle cet incident qui fit si grand bruit, mais sans nous faiie connaître le sermon qu* le provoqua. ^ Le maréchal de Gramont, dit-elle, qui était dans Fauditoiie, fut si transporté qu'il s'écria tout haut : « Mordieu, il a « raison. » Madame éclata de rire, et le sermon fut tellement interrompu qu'on ne savait ce qui en arriverait'. » Le maréchal de Gramont, un des auditeurs enthousiastes de Boui'daloue, devait trouver en lui un appui et un consolateur ; nous le verrons, en effet, l'année suivante, soutenu <'t fortifié par le pn'-dicateur à l'occasion de la mort de son fils, le duc de Guiche. Quel était le sujet du sermon? quel était le jour où (u't éclat eut lieu? La marquise ne le dit pas, et l'abbé Labouderie se borne à indiquer que c'était au commencement de la semaine sainte'. Le ('arême de 1672 demeure fermé à toutes les investigations, et on parvient à peine à recueillir sur lui

\. LeUredu 13 avril 1672.

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