LeUre de Bourdaloue au cardinal de Bouillon
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on le constate déjà, il se produit de nombreuses et longues interru})tions, et on est impuissant à dire : tel discours fut prononcé tel jour, en telle circonstance, à tel endroit. Toutefois il y a du plaisir à connaître d'un trait, d'un mot, la personne quand on ne peut s'arrêter et préciser sur tel ou tel de ses sermons. Au sujet de la prédication de Saint- Eustache, nous parvenons, après bien des recberches, à savoir ce que Bourdaloue en écrivait lui-même h M. le duc de Charost, Armand de Béthune, gouverneur de Calais. « Ma santé, lui disait-il, est assez bonne. Dieu merci, et comme je l'ai vouée à l'Evangile, je remploie uniquement à travailler pour mon ministère, m'étant défait de toutes les autres études qui ne s'y rapportent pas. J'ai fait quelques sermons pour Saint-Eustache, j'espère qu'ils seront utiles; quand j'aurai l'honneur de vous voir, je vous en communiquerai les desseins, et, s'ils ont votre approbation, je m'en tiendrai sûr ^ » Un juge, non moins favorable pour le prédicateur que le duc de Charost, devait entendre les sermons de Saint-Eustache et les suivre avec attrait; il va. par l'appréciation qu'il en fait, nous en révéler toute la valeur. De sa part, la louange n'est point suspecte, elle vient, en effet, du fils aîné de d'Andilly, neveu du grand Arnauld. Dans une lettre écrite de Paris, le 16 mars 1673, à Arnauld de Pomponne, Antoine Arnauld, abbé de Chaumes '*, dit à son frère :
1. Lettre de Bourdaloue à Armand de Béthune, 21 septembre 1672.
2. Celui-ci ne partageait pas les préventions de Port-Uuyal contre les Jésuites.
« Depuis que la cour est à Versailles, je n'y ai pas été, ayant eu toujours des affaires ici, et de j)lus, prenant plus de plaisir d'entendre les beaux sermons du P. Bourdaloue que d'aller 'patrouiller dans les boues de Versailles '. » Si l'abbé Arnauld goûte ainsi l'éloquence de Bourdaloue à Saint-Eustache et ne s'éloigne pas de sa chaire, préférant entendre sa parole que se mêler à la cour, son opinion, qui n'est inspirée que par la justice, a son prix, car elle est exempte de faveur et d'indulgence. Arnauld parle ici en toute sincérité. 11 n'est pas jusqu'au mot de patrouiller dans les boues de Versailles qui ne sente l'ancien capitaine de cavalerie et de cornette de carabins et qui ne révèle avec ce qu'il a de piquant la rondeur et la franchise de l'ancien soldat. 11 y a un auti'e trait de cette lettre à relever. L'abbé de Chaumes dit encore : « On a trouvé mauvais à la cour (il s'agit toujours des sermons de Saint-Eustache) que le P. Bourdaloue, à son sermon où il y avait M"^ de Guise et M. l'archevêque de Paris avec sa grande croix devant lui, fît son compliment à son archevêque et ne parlât pas à M""" de Guise, prétendant cause d'ignorance'. » Antoine Arnauld, en s'exprimant ainsi, nous prouve que l'auditoire de Bourdaloue, même dans les églises de Paris, était composé des personnages les plus élevés, la présence de M""' de Guise, à côté de l'archevêque, montre l'attrait
i. Catalogue d'autographes. Veuve Eug. Charavay, mai 1899, u° 10. 2. Ibid. Lettre du 16 mars 1673.
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que Bourdaloue exerçait déjà sur les plus hautes personnulilés de FÉglise et de la cour. A])rès ces détails, il faut passer de force au Carême de 1674.
Durant cette nouvelle station, le prédicateur eut à subir les vicissitudes qui avaient marqué son ministère à la cour en 1672. Le Mercm^e galant relate que <( Leurs Majestés, M. le Dauphin et toute la cour sillonnèrent les routes des châteaux royaux », et que Bourdaloue eut à courir d'une résidence à Fautre pour se faire entendre; mais, en dépit de ces conditions peu favorables, il remjdit son ministère avec un plein succès. Dès l'ouverture du Carême, M'"" de Sévigné nous l'apprend, il prononça un discours qui « transporta tout le monde' ». C'était le jour même de la fête de la Puritication, la date est certaine puisque la marquise communique, dès le 5 février, ses impressions à sa lille. Le P. Bretonneau a porté ce sermon dans le liecueil des mystères; il appartient, à n'en pouvoir douter, au Carême de 1671, non seulement d'après la date de M"'^ de Sévigné, mais aussi d'après le langage tenu au roi. Ce sermon nous permettra de connaître les vérités sévères que le prédicateur faisait alors entendre; c'est un des morceaux les plus remarquables de cette période.
Le jour de la Purification, le prédicateur s'exprimait ainsi dès l'exorde de son sermon. « Je parle devant le plus grand roi du monde, s'écriait-il, et