‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 67 sur 347 · Lclti-e du 5 février · texte numérisé non relu

Lclti-e du 5 février

BOURDALOUE ET LE CARÊME Di; 1674 97

sur que je suis de sa religion, je ne crains point de parler avec trop de liberté, tandis que je parle des intérêts de la loi de Dieu. Je ne vous demande [)as même, ô mon Dieu! comme la vertueuse Es.ther, que mes paroles lui plaisent; parce que je me ])romets de sa piété qu'en lui parlant de l'excellence de votre loi, non seulement je lui plairai, mais je le persuaderai et le toucherai, w El ces précautions oratoires prises, Bourdaloue, au cours de son sermon, reprochait ainsi à Louis XIV l'indignité de sa conduite. « A|)rès bien des péchés commis, on se trouve dans l'abominable état de celui qui disait en insultant Dieu : j'ai péché et que m'est-il arrivé de mal? De là cette tranquillité que l'on conserve même en péchant; de là cette hauteur et cette fierté avec laquelle on soutient le vice; de là cet endurcissement qui y met le comble. Au commencement, on sauve les apparences; mais à la fin on lève le masque, on ne se contient plus en rien, on ne ménage plus rien. »

C'était bien l'histoire du roi et les étapes de sa vie criminelle dans ses diverses phases. Comme le chemin de l'iniquité était long et opiniâtrement suivi! combien de hontes d'abord cachées et étalées maintenant au regard de tous! Et, à la vue de ce coupable couronné qui osait mettre de la hauteur et de la fierté dans le vice, Bourdaloue osait dire : <( Voilà ce qui obligeait les prophètes à paraître dans les cours des princes pour opposer au torrent de l'iniquité le zèle qui les animait; et me voici, chargé

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du même ministère, et envoyé pour la même fin;... sacrifiez-moi donc ce premier-né, c'est-à-dire cette passion dominante qui est dans votre cœur^ attachement honteux qui déshonore, esclavage des sens qui abrutit, loi de péché qui captive et tyrannise ; car rattachement qui fait cette passion n'est qu'une fascination d'esprit, qu'un ensorcellement de cœur, qu'une source de dérèglements qui remplit Fàme de chagrins, de jalousies, de remords, de désespoirs, et qui, tant qu'elle dominera, vous enlèvera la paix et vous fera trouver en vous-mêmes, malgré ses prétendus charmes, un enfer. » Puis le prédicateur montre encore à Louis XIV les effrayantes responsabilités qui sont les conséquences de ses désordres: « Non seulement vous avez abandonné la loi de Dieu, mais vous la faites abandonner à une multitude d'autres que vous scandalisez et qui ne sont pas à l'épreuve de votre exemple. » Pouvait-on être et plus énergique et plus indépendant?

Afin de soumettre à Dieu le cœur du jeune souverain, Bourdaloue prouve que toute 'puissance doit être soumise à la loi; il le démontre en ces termes : « Dieu soumet à la loi la grandeur même, à la loi la puissance même, à la loi la souveraineté même... Vous qui tenez dans le monde les premiers rangs;... Vous que vos conditions distinguent: grands, écoutez-moi... Plus vous avez dans le monde de naissance et de pouvoir, plus vous êtes capables de rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû en qualité de souverain législateur... Motif admirable pour

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VOUS engager, tout élevés et toul-puissanls que vous êtes, à une obéissance exacte... Dieu trouve en vous, quand vous accomplissez sa loi, une gloire pai'ticulière; et il ne tient qu'à vous de la lui procurer, cette gloire, qui, plus que toute autre, contribue à sanctifier son nom, et dont par là même il est si jaloux... Dieu ne vous a distingués dans le monde que pour le glorifier de la sorte : car ne croyez pas qu'il y ait des hommes revêtus d'honneurs ou pourvus de biens, pour être plus en droit que les autres de faire leurs volontés et de vivre selon leurs lois. Cela ne peut-être, et Dieu, dont la toute-puissance est inséparable de sa sagesse et de sa sainteté, n'a pu, dans l'inégalité des conditions humaines, se proposer une telle fin : les rois mêmes, qui, selon l'expression du Saint-Esprit, sont comme les divinités de la terre, ne régnent que pour servir le Seigneur : Et reges ut servdant Domino.

L'ordre établi par Dieu, d'après lequel ce qui approche le plus de lui n'est défini que par une servitude plus immédiate et une plus grande dépendance, ainsi iixé, Bourdaloue ajoute : « Serez-vous donc surpris, ou devez-vous l'être, quand j'affirme que sans cela il n'y aurait dans le monde ni qualité, ni dignité, ni rang, ni fortune, mais que Dieu vous aurait laissés dans le néant; et que, s'il vous en a tirés, c'est afin que sa loi eût en vous des observateurs fidèles et de zélés défenseurs. Je dis plus, et c'est ma dernière raison: Dieu, en vous plaçant audessus du commun des hommes, a prétendu vous

proposer au monde comme des modèles de la sainte dépendance.. . Dieu i>rétend que les petits apprennent des grands à lui obéir, et que les grands se considèrent sur ce point comme la règle... Quand je prêche ailleurs la parole de Dieu, il me suffit de dire à ceux qui m'écoutent : « Infortunés, \ous avez abandonné la loi de votre Dieu, et c'est ce qui vous a perdus. iMais, parlant aujourd'hui à des grands du monde, je leur fais un reproche encore plus terrible, je leur dis : vous êtes un sujet de scandale pour le peuple. » Quel effet devaient produire ces paroles, proclamation solennelle des droits imprescriptibles de Dieu sur les actions des grands !

Aux résistances que leur orgueil oppose à la loi, le prédicateur répond : « Je sais que cet assujettissement aux volontés de Dieu vous paraît humiliant et que vous vous aveuglez jusqu'à croire qu'il répugne à cette liberté naturelle dont vous êtes jaloux et que vous ne distinguez pas d'un amour déréglé de l'indépendance et d'un esprit de libertinage; mais votre ignorance là-dessus vient encore de n'avoir pas bien pénétré le mystère de Jésus- Christ et de Marie obéissant à la loi du Seigneur. Car, si je vous disais ([ue l'obéissance à cette sainte loi, bien loin d'humilier l'homme, fait sa véritable gloire; que plus on est sujet à cette loi, plus on est heureux, plus on est libre, plus on est maître de soi-même; qu'en cela consiste la dilVérence de cette loi et des lois humaines; qu'au lieu que l'alTranchissement des lois humaines passe pour un privilège.

le grand privilège de la grâce est d'être incapable de s'émanciper de cette loi; que David, tout loi qu'il était, instruit d'un secret si important, envisageait comme une béatitude l'attachement à cette loi, faisait son occupation la plus ordinaire de la méditer et ne trouvait de repos que dans son observation : Pax multa diligentihus legem tuam...K» Telle est la force de raisonnement avec laquelle Bourdaloue démontre que l'assujettissement à la loi de Dieu n'engendre pas la servitude, mais la liberté et qu'il n'y a repos et paix que dans son observation.

(( Après cela, ajoute-t-il, vous laisserez-vous encore séduire par les fausses maximes du siècle et mettrez-vous le bonheur de la vie dans la malheureuse possession de ne dépendre d'aucune loi ; dans une licence criminelle de tout entreprendre ; dans un oubli de vos devoirs qui aille ou à méconnaître votre Dieu, ou h vous le figurer comme un Dieu fauteur de vos désordres en disant avec l'insensé : et qui est-il ce Dieu dont on me menace sans cesse et dont on m'oppose la loi? qui est-il pour m'obliger à me contraindre dans mes passions, dans mes désirs, dans mes desseins? S'il y a un Dieu, est-il tel qu'on nous le déi)eint? Connaît-il toutes choses? Y prend-il un si grand intérêt? S'olfense-t-il si aisément? A-t-il une justice si sévère? Est-il si terrible dans ses vengeances? (Uir voilà le langage du pécheur,

l. Psaume 113.

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