‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 69 sur 347 · Sennun pour le Jour de la l'ini/icutiun · texte numérisé non relu

Sennun pour le Jour de la l'ini/icutiun

gie : •« Nous nous figurons la loi dans un dogré do sévérité où nous prétendons que nul de nous ne peut atteindre; et, ))ar une pusillanimité dont nous voudrions la rendre responsable, nous disons sans cesse : et quel est l'homme qui pourra jamais parvenir à un point de sainteté si sublime? En un mot, nous nous persuadons que cette loi, pour exiger trop de nous, est absolument au-dessus de nous. Et pourquoi ? Appliquez-vous à ceci : parce qu'elle nous engage à nous dépouiller en mille occasions de ce que nous avons de plus cher ; parce qu'elle contredit certaines affections tendres de notre cœur, et qu'elle nous oblige à les étoulFer ; parce qu'elle nous prive de certaines joies et de certaines douceurs de la vie auxquelles nous sommes attachés ; parce qu'elle nous ordonne de renoncera un certain honneur mondain dont nous nous piquons, et que souvent elle nous réduit à paraître devant les hommes dans des états très humiliants. Voilà ce que nous concevons de plus rigoureux dans la loi chrétienne, et où volontiers nous supposerions que notre faiblesse, secourue même de la grâce, ne peut s'élever. » On ne saurait mieux démontrer l'injustice de l'opposition faite à la loi. Si on la juge sévère, impraticable, c'est qu'on ne s'impose pas les sacrifices nécessaires.

Ayant ainsi prouvé que l'observation de la loi n'est point au-dessus de nos forces, Bourdaloue montre les obligations auxquelles elles nous soumet. « Il est vrai, poui' obéira la loi de Dieu, il nous en doit

iOl BOURDALODE

quelquefois coûter le sacrifice de ce que nous avons de plus cher; mais confessez-le de bonne foi, et ne nous déguisons rien à nous-mêmes : ce que nous avons de plus cher, est-il assez considérable pour le faire tant valoir? Quelque cher que cela nous soit, du moment que cela répugne à la loi de Dieu, n'est-ce pas ce qui nous trouble? n'est-ce pas ce qui nous dérègle? n'est-ce pas ce qui nous corrompt ? n'est-ce ])as ce qui nous décrie? n'est-ce pas enfin ce qui nous damne ? Si la loi de Dieu nous retranche un mal aussi pernicieux que celui-là, avons-nous sujet de nous en plaindre; et la sainte violence qu'elle nous fait doit-elle passer pour un excès de rigueur?... Or cela étant, quelle plainte avons-nous droit de former contre la loi de Dieu? et quand il nous dit : Tolle^ délivre-toi de cet esclavage, arrache cette passion de ton cœur ; pouvons-nous répondre : Soigneur, vous m'en demandez trop... Ouand il nous dit : sacrifie-moi ce qui te perd, ce qui te condamne, défais-toi de cet amour criminel; quitte ce péché dont tu t'es fait une habitude, et qui, par les dégoûts et les amertumes dont il est mêlé, te fait payer par avance les faux plaisirs que tu y goûtes... Au lieu que cette passion a fait jusqu'à présent tout ton désordre, du moment que tu la sacrifieras, elle fera devant Dieu tout ton mérite. » Avant de descendre de chaire, le prédicateur, en félicitant Louis XiV de ses victoires sur ses ennemis et de la paix donnée à l'Europe, lui disait : « Autrefois l'irn''ligion, la profanation des choses saintes, les jure-

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monts, les blasphèmes régnaient à la eour, mais ils y sont devenns odieux parce que Votre Majesté les en a proscrits. Que ne peut-elle point encore contre d'autres dèsoyxlres? et que doit-elle omettre de tout ce qu'elle peut j90i«r les abolir? Voilà, Sire, comment vous serez fidèle à la loi du souverain maître; voilà ce qu'elle attend de vous. »

L'impression produite par ce sermon fut profonde. M'"" de Sévigné écrivait qu'il était de force à faire trembler les courtisans, et que jamais prédicateur évangélique n'avait prêché si hautement et si généreusement les vérités chrétiennes : il était question de faire voir que « toute puissance doit être soumise à la loi », à l'exemple de Notre-Seigneur qui fut présenté au temple : « Enfin ce fut poi'té au point de la plus haute perfection, et certains endroits furent poussés comme les aurait poussés l'apôtre saint PauP. » Le discours de Bourdaloue, nous le reconnaissons, fut réellement beau; quelques critiques ont toutefois trouvé de l'exagération dans ces éloges? Dire que son langage avait été porté au point de la plus haute perfection, et que certains endroits y auraient été poussés comme les aurait poussés l'apôtre saint Paul, c'était peut-être, en effet, vouloir trop dire. Du reste, cela dépendrait, selon la judicieuse remarque de l'abbé llurel, « de la façon dont on goûte Bourdaloue et de la façon dont on connaît saint Paul- ». On ne saurait le nier, M'"^ de Sévigné

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