Sermon sur V Ambition
prévenait les audacieux profanateurs que, s'ils fermaient les oreilles pour ne point entendre ses protestations, ils ne pourraient du moins se prévaloir de leur ignorance.
Et, comme l'ambitieux ne recherche les honneurs que pour exercer le plus despotique empire, le prédicateur s'écrie, à la vue de ces débordements : (( Voyons si, parmi ceux qui se poussent aux honneurs, on n'en trouve pas qui, joignant l'orgueil à l'autorité, la rendent également impérieuse et insupportable. Voyons si on ne trouve pas tous les jours de ces maîtres liaulains et durs qui ne savent que se faire obéir, que se faire servir, que se faire craindre, sans savoir ni compatir, ni soulager, ni condescendre, ni se faire aimer... L'esprit de domination ne manquera pas de prétextes pour se justifier, mais la parole que je prêche aura encore plus de force pour les confondre. Appliquez-vous. On se flatte, parce qu'on est élevé, d'un prétendu zèle de faire sa charge, de soutenir ses droits, de garder son rang : on va plus loin, et quelquefois même on se fait de ses fiertés et de ses hauteurs un devoir... Mais, si c'est un zèle de faire sa charge et un vrai zèle, pourquoi ce zèle ne s'allume-t-il qu'en certaines rencontres et lorsqu'il est question d'abaisser les autres?... qu'il y ait une préséance à disputer, une soumission à exiger, une loi à im[)oser, c'est là qu'il se réveille et qu'il se réveiHe tout entier. Il était assoupi, et sur toute chose il le serait encore ; mais il n'y a que ce point d'honneur qui le pique et qui le
ranime. Est-ce faire sa charge que d'en rendre le joug fâcheux, pesant, presque insoutenahle à ceux qui le doivent porter? est-ce faire sa charge que (Tirriter les esprits, au Iieu.de les gagner, que de révolter les cœurs au lieu de les soumettre ; que d'accahler les uns de chagrin, de jeter les autres dans le désespoir, d'insulter ceux-ci, de rebuter et de désoler ceux-là, d'exciter mille murmures et de renverser toute la subordination, en voulant l'établir et la rendre trop exacte'?» Il connaissait bien la nature humaine, celui qui démontrait si puissamment que l'ambition des grands, par les excès mêmes d'une domination écrasante et insoutenable, ne pouvait engendrer que la haine et le mépris de l'autorité. Les hauteurs, les arrogances, les dédains, les duretés, les exactions et les injustices sapent toujours les bases du pouvoir. Gouverner, c'est se faire accepter, se montrer juste et bon, tandis que humilier, rebuter, accabler, c'est paralyser toute obéissance et pousser à la révolte. Devant cette noblesse de cour, si dédaigneuse, si fière, si despotique, Bourdaloue ne se lassait pas de flétrir et de condamner les criminels et monstrueux excès de l'ambition.
Entendons-le s'élever surtout contre la tourbe des intrigants et des parvenus, trop souvent, courtisans ou favoris, dépourvus de tout vrai mérite, qui faisaient peser si lourdement leur autorité usurpée et