‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 85 sur 347 · Lettre du 13 mars · texte numérisé non relu

Lettre du 13 mars

136 BOrRDAl.OUK

royaux : « Nous entendîmes, après dîner, le sermon de Bourdaloue qui frappe toujours comme un sourd, disant des vérités à bride abattue, parlant à tort et à travers contre Tadultère. Sauve qui peut'!» Ce qui indiquerait que le prédicateur, à la vue du roi repentant, parlait encore avec plus d'énergie que par le passé, voulant porter le coup suprême. Cette assertion a fait croire à certains critiques que Bourdaloue aurait prononcé alors un sermon sur l'adultère, sermon dont on ne trouve point la trace dans ses œuvres; nous ne partageons pas leur,opinion. Ce n'était pas à l'heure où M""^ de Montespan était tenue à distance et sur le point d'être disgraciée, à l'heure où le roi se disposait à rompre les nœuds nouvellement formés avec Angélique de Fontanges, à l'heure enfin où une jeune princesse étrangère entrait dans la maison de France que le prédicateur, réputé pour sa prudence, toujours respectueux des convenances, aurait consenti à crier contre l'adultère royal, qui, grâce au ciel, n'existait plus. Sans doute la parole de Bourdaloue, en 1680, fut, comme toujours, pleine de force et de sainte indépendance, mais elle n'éclata pas « à tort et à travers contre l'adultère ». Non, ce n'était pas au moment même où Louis XIV rentrait dans le devoir qu'il convenait de tonner contre les épouvantables crimes du passé et qu'il fallait lui dire en face : c'est vous qui êtes le coupable : Tu es ille vir !

Page 1