‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 87 sur 347 · Lettre de mars · texte numérisé non relu

Lettre de mars

118 BOLHDAI.OUE

tenant los genoux devant le Crucifié. Les princes et les plus grands sont les premiers à nous en donner l'exemple ; et il n'a tenu qu'à nous, en les voyant au pied de l'autel adorer Jésus en croix, de nous consoler et de nous dire : Voilà ce qu'avait prédit saint Paul. Or, un homme dont la croix a passé du lieu infâme des supplices sur le front des rois et des empereurs, un homme qui sans autre secours, sans autres armes, par la vertu seule de la croix a vaincu Fidolàtrie, a triomphé de la superstition, a détruit le culte des faux dieux, a conquis tout l'univers, au lieu que les plus grands rois ont besoin pour leurs moindres conquêtes de tant de secours ; un homme qui a trouvé le moyen de régner par où les autres cessent de vivre, par l'instrument de son supplice ; un homme qui, pendant sa vie, avait express('ment marqué que tout cela s'accomplirait et qu'il attirerait tout à lui, un tel homme n'est-il pas plus qu'homme? N'est-il pas homme et Dieu tout ensemble? »

Bourdaloue interprète d'une manière non moins éloquente la Passion de Jésus comme un mystère de sagesse. «Après avoir satisfait à Dieu, il fallait ri'former l'homme. Le désontre de l'iiomme venait de trois sources : d'une insatiable avidité des biens temporels, de la recherche passionnée des honneurs du siècle et d'un attachement excessif aux plaisirs des sens. 11 s'agissait de nous guérii- de ces trois grandes maladies, et voici les remèih's : le dépouillement de toutes choses contre la cupidité, les abaissements où il se réduit contre l'ambition, les austérités de

SFRMONS TM::niTS ET f:AUl>MES DR 1680, 1C82, 1083. 130

sa chair virginale et ensanglantt''e contre la sensualité... N'est-il pas évident que le mystère de la Croix a une opposition essentielle à ces trois principes qui causent tous les désordres de votre vie? N'est-il pas évident que ce mystère condamne toutes vos injustices, toutes vos violences, toutes vos haines, tous vos commerces scandaleux, toutes vos dissolutions, toutes vos débauches? Et de là ne s>nsuit-il pas que c'est un mystère où la sagesse de Dieu a [)résidé? Ce qui modère nos désirs, ce qui règle nos passions, ce qui confond notre orgueil, ce qui arrache notre cœur à Tamour de nous-mêmes et ce qui nous tient dans Tordre, peut-il n'être pas un effet de l'ordre et, par conséquent, de la sagesse qui est en Dieu? » Grâce à M""" de Sévigné, nous savons que ce sermon est du Carême de 1680, et nous pouvons apprécier ainsi l'éloquence de Bourdaloue à cette époque. Le cardinal Maury n'a pas craint de dire : « Je ne connais rien de plus étonnant et de plus inimitable que la première partie du sermon de Bourdaloue sur la Passion : Z)^^' virtutem... c'est la borne de l'art, comme c'eî'>t la borne du genre'. »

Ce sermon est le seul de ce Carême qui ait une date certaine. Plusieurs auteurs, le P. Lauras et M*-' Blampignon entre autres, ont prétendu que les sermons sur V Impureté, la Conversion de Madeleine, le Betardement de la 'pénitence et la Communion fascale, appartiennent au Carême de 1680.

Page 1