‹ Bourdaloue d'après des documents nouveauxChapitre 91 sur 347 · Sermon sur l'h/ijuirele, 11' i)artie · texte numérisé non relu

Sermon sur l'h/ijuirele, 11' i)artie

SERMONS INÉDITS ET CAHIvMES DE 1080, 1082, 1683. 151

Bourdaloue n'usait guère de circonlocutions, d'euphémismes et de péripiirases. Les critiques furent si vives qu'elles motivèrent sa protestation, et elle fut toute à l'honneur de son indépendance apostolique. 11 y a des heures dans la vie d'un apôtre où l'indignation provoque en lui une impulsion combative qui le porte à de saintes audaces. Alors vibre et palpite en son àme mieux que l'énergie humaine, l'énergie de l'homme inspiré de Dieu. Bourdaloue, dans cette circonstance grave, parla sans autre passion que celle de la vérité, de la justice et de la charité.

Le 19 mars 168^, dans le sermon sur la Conversioti de Madeleine^ le prédicateur répond ainsi aux courtisans dont il a démasqué le libertinage et dont il condamne le scandale pharisaïque : « Si dans un autre discours j'ai parlé plus en détail de ce péché, c'est des paroles toutes pures de saint Paul que je me suis servi. J'ai cru qu'étant consacrées, je pouvais, àl'exemplede ce grand apôtre, les employer dans un auditoire chrétien ; et ceux qui m'ont entendu savent avec quelle réserve, toutes consacrées qu'elles sont, bien loin d'en développer tout le sens, je n'ai fait que l'effleurer... J'avais droit de croire, ajoutait-il, qu'une morale que saint Paul avait crue bonne pour le siècle de l'Eglise naissante pouvait l'être encore à plus forte raison pour un siècle aussi corrompu et aussi perverti que le nôtre. Je me suis trompé ; ce siècle, tout corrompu qu'il est, a eu sur cela plus de délicatesse que le siècle de la sainteté.

lo2 BUURDALOLÈ

Ce que j'ai dit n'u pas plu au monde; trop heureux, si, me voyant condamné du monde, je pouvais espérer avoir confondu le vice et glorifié Dieu !... Ce qui plaît au monde n'est pas toujours le meilleur, ni le plus nécessaire pour le monde. Ce qui lui dé|)laît est souvent le remède, qui, tout amer qu'il peut être, le doit guérir. Se choquer de semblables vérités et s'en scandaliser, c'est une des marques les plus évidentes du besoin qu'on en a^ » Telle fut la justification du langage tenu. Devant Louis XIV et la cour, Bourdaloue affirma de nouveau les droits de la vertu outragée. La grande immoralité de ce temps, celle qui couvrait toutes les autres, c'était l'impunité : elle semblait assurée aux courtisans dans leurs attentais contre les bonnes mœurs. Ceux-ci se prévalaient des exemples du roi pour se livrer à leurs désordres. 11 y avait, hélas? autour du trône des effluves de corruption non moins redoutables et meurtrières que les excitations les plus funestes et les plus dangereuses ! A l'heure de ces violences publiques faites à la morale, les fières et salutaires outrances de Bourdaloue n'étaient que les justes et saintes revanches de la dignité chrétienne indignement trahie.

Les critiques suscitées par Xa sermon .sur V Impureté n'imposèrent donc pas silence au prédicateur. Provoquées d'un côté parles tenants des mœurs faciles, qui craignaient qu'on ne mît un frein n leur libertinage, condamnées de l'autre par la i-eine et les

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