‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 100 sur 367 · LA BASE D'ACCUSATION · texte numérisé non relu

LA BASE D'ACCUSATION

anciens, me semble venger Bretonneau du reproche d'infidélité foncière et conclure que, de ce chef, il n’a point trahi son mandat.

Mais, — car il y a, comme on dit, un verumtamen — sur la forme, le style, le ton, la langue, la réponse est autrement complexe et moins favorable à l’éditeur. Les manuscrits des copistes, les éditions subreptices, les enthousiasmes mêmes et la vogue un peu bruyante que prouvent divers iémoignages contemporains, amis ou hostiles, tout cela se retourne pour ainsi dire contre TO et rend beaucoup moins vraisemblable sa fidélité mise en cause.

Je ne me donne mission ni de le charger, ni de le défendre et ne poursuis que la’ réponse à cette seconde partie de notre problème : « Avons-nous chez Bretonneau les sermons de Bourdaloue, non seulement quant au fond, mais quant à la forme?» Je puis donc présenter des observalions qui lui seront, tantôt favorables, tantôt contraires.

Evidemment il est superflu de rappeler que, ne pouvant garder aux sermons, sur le papier mort, la flamme et la rapidité du débit, le ton, le geste, la voix, il s’est cru peutêtre fondé à suppléer la perte de ces avantages par des retouches de nature à alléger et équilibrer les phrases. Mais il ne s’agit point d’excuser ou d'expliquer son travail; c’est le mesurer, c’est savoir en quoi et jusqu’à quel point il a marqué de son empreinte œuvre de son confrère, qui est en ce moment notre souci. Nous voulons connaître si, et comment, Bretonneau a fait des retouches et remaniements et transformé, füt-ce pour la rendre plus «une », l’œuvre de Bourdaloue.

Or, pour résoudre ce point, il ne suffit pas de mettre en regard une copie d'autrefois, quand même nous aurions la certitude qu'elle reflète fidèlement la parole saisie au vol au pied de la chaire, avec une des pages parallèles parues depuis 1707, dans l'édition et par les soins de Bretonneau. Le problème offre d’autres inconnues. I

faudrait être sûr en effet que ce passage revisé l’a bien été par Bretonneau, et savoir s’il ne l’a point recueilli, tout prêt pour l'impression, dans les papiers que l’orateur lui légua. Il me semble gratuit et sans preuve de dire, avec M. Brunetière (parce que nous savons que depuis 1694, le général de la Compagnie avait exprimé le désir de voir Bourdaloue éditer ses sermons), que probablement quand il mourut, son choix était fait et l'édition préparée. Je ne crois pas moins difficile d'établir une ligne de partage entre les sermons que Bourdaloue aurait retouchés lui-même en vue de la publication et le travail propre à l'éditeur officiel. Le temps considérable consacré à cette édition suppose bien un travail « assez assidu » !, comme Bretonneau dit lui-même. Par contre, la date à laquelle le premier censeur signe, après avoir lu « les discours que cet orateur vrayment chrestien a laissez par écrit », l'approbation qui précède l'Avent et le Carême, nous ramène à moins d’un an après la mort de Bourdaloue, car cette approbation est (on ne l’a point assez remarqué) du 72 mars 1702. Un an est bien court pour préparer quatre volumes, par comparaison surtout avec les distances qui sépareront plus tard la publication des derniers. Ce serait le lieu de faire appel ici aux lettrés qui se font fort de découvrir, par les caractères mêmes du style, si l'ouvrage est bien d’une main ou d’une autre. Qu'ils nous signalent donc les disparates entre ces premiers volumes et les suivants, précisément quant au style et à la langue. Bien plus, je les invite à comparer à ce point de vue les oraisons funèbres que Bourdaloue a revisées et publiées lui-même dès 168/% et 1687. Ils seront bien en peine de faire le départ de ce qui appartient à Bourdaloue, et de ce que Bretonneau aurait retouché. Qu'on ne se hâte point de conclure que Bretonneau n’a eu sans doute

1. Cette assiduité est visée par ce mot de son éloge : sessor indefessus.

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