‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 99 sur 367 · LES PIÈCES SUPPRIMÉES · texte numérisé non relu

LES PIÈCES SUPPRIMÉES

semaine. » Et une note de l'éditeur ajoute en marge : « Evangile du 8. Dimanche après la Pentecoste. » On conçoit que, de cet indice, il soit malaisé de tirer quelque chose, et connaître par là que la lettre fut écrite sans doute durant lété, c’est presque ne rien savoir. Ainsi malgré le désir légitime de deviner à qui fut adressée cette instruction, l'espoir reste très faible de l’apprendre, à moins d’une découverte imprévue, si toutefois l’original, remis sans doute par Bretonneau à l'héritier du destinataire qui s’en était un instant dessaisi, dort encore dans quelque dépôt d'archives privées.

Au lieu de déplorer que Bretonneau ne nous ait point mis au Courant de ces secrets qui n'étaient point les siens, voyons plutôt une preuve de sa fidélité d’éditeur dans le soin qu'il a eu de conserver cette lettre, sauf sans doute les quelques phrases qui eussent peut-être dévoilé le correspondant. Toutefois n’exagérons point son mérite. Car d’après lidéal qu'il se proposait, nous n’aurions pas eu ce morceau, si le sermon qu'il résume avait été par hasard précédemment imprimé.

Sans lui reprocher outre mesure ce qui n’était point alors dans l’usage de son temps, regrettons donc que plus d’une pièce de ce genre, ait été, de son aveu, supprimée par lui.

Car pourquoi, dans sa préoccupation presque uniquement dirigée vers le fond et la doctrine, a-t-1l fait si bon marché de tout le reste ? Non seulement la précision des détails historiques le laisse indifférent, mais surtout l'exactitude même du texte qu'il édite, est exposée à souffrir.

Je n’en veux pour garants que ses aveux, corroborés par tant d'exemples que nous avons déjà rencontrés. Les copies du temps, qu’autorise leur multiplicité même, ainsi que les divergences très légères qui les séparent, seraient déjà une forte présomption contre la sûreté des textes que Bretonneau nous a livrés. IT est impossible que tant de recueils de provenance variée tombent d'accord, comme ils le font d'ordinaire, à nous offrir une même

version, si celle-ci n’est bien la parole du prédicateur. Or malgré la parfaite correspondance des pensées et des arguments, prouvant, il est vrai, que l’éditeur n’a point touché au fond, il y a pour la forme de telles différences entre le « Bourdaloue » que nous ont gardé ces manuscrits et celui qu'a soigneusement retouché l'édition, que ce sont, dans la force du terme, deux styles, et par suite deux hommes.

Que les préférences se dirigent sur les sermons imprimés ou sur les sermons parlés, là n’est point à présent la question. Ce qui importe, c’est d’avouer en ce moment que Bretonneau semble avoir dépassé ici la limite des permissions octroyées à un éditeur qui ne veut pas que son travail soit une trahison. Je parle, bien entendu, au point de vue «historique » de nos contemporains, qui se soucient moins d’avoir un plus beau sermon et d’une lecture plus supportable, que de retrouver «le sermon même» qu'a prêché Bourdaloue, et comme il l’a prêché, autant du moins que la chose est possible. — On me dira que ce concept ne pouvait venir à Bretonneau ni à ses contemporains, et je n’en disconviens pas. I ne s'agit d’ailleurs nullement de comparer ni juger les méthodes ou les préférences, mais bien de voir Si, Oui où non, Bretonneau nous a conservé les sermons authentiques de Bourdaloue. Je ne blâme ni n’approuve sa manière d'agir, je m’efforce seulement de savoir si J’ai sous les yeux dans son édition les sermons prêchés autrefois par Bourdaloue, les « discours » qui tenaient « suspendue » M" de Sévigné.

C’est uniquement la réponse que J'ai cherchée. Qu'en est-1] donc? Quant au fond, à la contexture, au «discours » pris au sens de ce temps, c’est-à-dire à la série logique, serrée, forte, des arguments et des raisons, il me paraît que nous avons presque tout. La discussion que j'ai tenté de conduire, en m’appuyant sur tous les indices et sur les comparaisons rendues possibles par les manuscrits

Page 1