LE FILS DE L'AVOCAT
téméraire de penser que ce milieu d’un cabinet d'avocat au présidial et cette langue de la procédure que lenfant dut entendre parler autour de lui, ont pu, au moins plus tard, déterminer quelques comparaisons, exemples ou images ?
Proposons, sous bénéfice d'inventaire et sans trop affirmer la connexion, quelques extraits des œuvres inédites, où semblerait se retrouver le fils de l'avocat.
Un sermon pour le lundi de la troisième semaine de carême, paru en manuscrit, puis dans l’édition-contemporaine de l’orateur, contient ce qu’il nomme lui-même une «comparaison familière. »
C’est encore au manuscrit Montausier que nous emprunterons ces exemples, car les développements parallèles qui se rencontrent dans l'édition de Bretonneau, au sermon sur la Parfaite observation de la loi, pour le mercredi de la seconde semaine !, ne contiennent plus ces traits. Ils ont semblé peut-être trop familiers, et la suppression en est regrettable. Pour démontrer l’opportunité des préceptes de détail exerçant dans les petites choses notre obéissance, il n’y a point, dit l’orateur, d'autre raison de cela sinon qu’il (Dieu) est notre roi et notre maître, et qu'en cette qualité il a droit de nous commander tout ce qu'il veut... »
Expliquons ceci par une comparaison familière. D'où vient que dans les états des hommes, il y a certains droits que l’on appelle seigneuUriaux, et qui regardent souvent les plus petites choses; et quoique ces droits soient petits, on ne laisse pas de les exiger avec plus de rigueur que s'ils étoient plus grands? Pourquoi en use-t-on de la sorte ? Ce n’est que pour se précautionner contre le naturel des hommes, qui voulant s'émanciper, commencent d’abord par les choses les plus légères, pour enfreindre ensuite celles qui seront très considérables ?,
Les détails proposés ensuite par Porateur, bien qu’empruntés à un commentaire de Cajétan, peuvent fort bien
1. T. ur, p. 197, où devraient se rencontrer ces exemples. oPREdadenG2 Ten ANA
avoir été remarqués surtout par lui, pour l’écho qu'éveillaient en sa mémoire ces matières, certainement débattues dans la maison natale à Bourges. De là sans doute le choix des preuves destinées à montrer que les lois générales et les grandes lignes de la morale ont besoin d’être précisées el appliquées par des prescripuons particulières aux intérêts quotidiens de la vie humaine :
Par exemple, dit Bourdaloue, les hommes passent des contrats à constitution de rente où l'on prête de l'argent. Quelle mesure garde-t-on, en cela ? Car la loi dit qu'il n'est pas permis de tirer intérêts de l'argent que l'on prête. Mais comme la loi ne se déclare pas là-dessus et qu’il n'est pas juste qu'un homme souffre du dommage en prêétant son argent, il faut qu'il y ait une règle qui fixe certains deniers qui tiennent lieu d'intérêts, en sorte que cette somme déterminée empêche qu'on n’en demande davantage et borne l'avarice des hommes 1.,
Si le second exemple proposé ne parait guère que refléter ou traduire une décision morale de Cajétan, le souvenir des droits seigneuriaux remonte peut-être à ces premières impressions d'enfance qui ne sont pas la part
la moins intéressante de nos observations individuelles. - Quel professeur ne s’est surpris à éclairer son enseignement à l’aide de réminiscences remontant parfois très haut dans sa vie?
Avouons, si l’on veut, que les souvenirs d’enfance et l'influence du métier paternel, jouent ici un rôle que peut-être nous leur prêtons gratuitement. Aussi bien sommes-nous, sur ce terrain des premières années, en pleine conjecture, faute de nous pouvoir appuyer sur le sol moins mouvant des documents positifs. Toutefois il nous semble que ces interprétations ne faussent point la figure historique de notre orateur.
Lorsqu'il s’agit de dégager les actions diverses et latentes qui ont dû amener léclosion de cette éloquence
(POI NeNrx;