Tausserat, p. 9, note
3. Pourquoi faut-il que la citation que fait de ce mot M. le chanoine Pauthe soit aussi inexacte.,? « IL fut aussi droit dans sa vie que dans sa doctrine », lui fait-il dire p. 506. Il y aurait déjà lieu de se plaindre, comme je l'ai fait ailleurs, du vague de ces références, car c’est vraiment peu de renvoyer, par exemple, pour cette phrase à « Mémoires. » Mais on ue saurait trop regretter, que non seulement ici, mais dans la majeure partie des citations, même de Bourdaloue, l'exactitude des textes soit traitée avec quelque désinvolture. S'il est vrai que ce passage de Saint- Simon soit le seul qu'il ait écrit sur Bourdaloue, c'était une raison de plus, pour ne le point arranger avec un laisser-aller trop habituel dans la manière de traiter les textes où les témoignages. V. Saint-Simon, t.1v, p. 55-87 ; Chérot, Bourdaloue, sa Correspondance, p. 121.
L'HÉRITAGE PATÉRNEL 227
de se défier de ce beau langage qui fleurit dans les provinces durant tout le xvuw siècle et où il y avait plus à laisser qu'à prendre. Là le mauvais goût et l’insupportable rhétorique aux oripeaux vieillis et aux métaphores prétentueuses régnait sans partage. Or «c'était le beau, » comme en témoignent tant de communications de discours envoyés au Mercure qyalant par les Académies de province, jalouses de faire lire à toute la France les morceaux d'éloquence applaudis chez elles. Ne faut-il donc pas redouter qu'Etienne Bourdaloue n'ait été qu’un de ces virt eloquentissimi. Le Mercure, qui n'existait point de son vivant, n’a pu nous garder aucune de ses harangues, et je juge de lui au hasard, je l’avoue, par des spécimens comme celui-ci, qui pourtant est déjà de l’année 1683. Le 22 février, M. de Livonnière prononçant un des innombrables panégyriques du roi qui suivirent le rétablissement de la santé de Sa Majesté (après l'opération de la fistule), commençait en disant, suivant le résumé du Mercure :
Alexandre avoit reconnu à la douleur d’une playe, & à l'écoulement de son sang qu'il n’estoit qu'un homme & nous reconnoissons aux mesmes marques que Louis est au dessus des hommes, etc.
Encore ce discours a-t-il sur les autres qui occupent tout ce numéro du mois de mars !, le mérite de n’avoir point été prononcé dans une église, mais dans la salle des Conférences académiques d'Angers. Or il serait facile de multiplier les citations de ce genre. Celle-ci suffit, et lon en peut lire d’autres dans lhistoire de Massillon, où M. l’abbé Bayle présente quelques spécimens de léloquence religieuse en province à cette même époque. On y voit ce qu'était cette bizarrerie, alors très goûtée, qui,
1. Ce numéro est consacré tout entier au récit des actions de grâces rendues pour le rétablissement de la santé du roi. Si le sentiment qui les dictait est recommandable, l'expression l'est moins et les formules les moins adulatrices ne sont pas celles des pantgyiiques prononcés « dans la chaire de vérité ».
grâce à de bons modèles, nous semble aujourd’hui d’un burlesque insupportable !, Deux conclusions s’en dégagent, l’une à l'éloge des orateurs qui se sont affranchis et nous avec eux, de ce mauvais goût, l’autre peu rassurante sur le compte des réputations d’éloquence qui datent de ces temps-là. Restons donc sceptiques sur lheureux effet que put avoir sur le talent oratoire de notre prédicateur, la «grâce singulière » que reconnaissaient à son père dans les harangues d'apparat, ses compatriotes de Bourges.
En tout cas, Bourdaloue aurait ce trait commun avec l’un de ses illustres confrères en éloquence, d’avoir eu aussi pour père un orateur distingué. On sait qu'Antoine Mascaron ou « de Mascaron », dont le fils fut l’évêque de Tulle et d'Agen qui alterna souvent avec Bourdaloue dans la chaire royale, eut lui aussi sa réputation oratoire. Mais comme il a laissé quelques œuvres, il a été possible de le juger et d'en rabattre. « Les pensées banales et subtiles, l'abus du bel esprit, la recherche laborieuse de l’élégance » contrebalancent «les passages écrits avec fermeté, parfois même avec élévation », qui se rencontrent dans les deux harangues citées en appendice de la thèse de M. Lehanneur ?. Pour Étienne Bourdaloue dont nous n'avons rien qu'une renommée favorable, laissons-lui le bénéfice de cet incognito, et bornons-nous à dire qu’il n'est pas certain que son fils tienne de lui en héritage lout ou partie de son éloquence.
1. Bayle, op. cit. ch. mt, pp. 71-36. Les citations du P. Lefebvre, théologal de la cathédrale d'Arras, extraites d'un Panegyrique de sainte AMarleleine, prêché vers l'an 1687, en disent long sur l'état de la prédication. V. note f, p. 284.
2. Mascaron... p. 319. Il y faut lire les extraits de ses deux discours en l'honneur d'Anne d'Autriche, et, pp. 390 et 392, la préface aux Lettres de Boisrobert «t l'ouvrage sur Sénèque.