‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 130 sur 367 · LA VOCATION ORATOIRE · texte numérisé non relu

LA VOCATION ORATOIRE

Fallüt-il ignorer toujours comment notre professeur de théologie morale, qui devait, au vrai, être dans sa sphère propre, entendit cet enseignement, il est intéressant de voir si c’est à Rouen que se dessina sa vocation pour la chaire. La circonstance fortuite qui le révéla n’est guère indiquée que vaguement par le P. Bretonneau ; ce serait, comme nous l'avons vu, l’applaudissement accordé à « divers sermons qu'il y prescha'.» D’autres sources ont-elles été plus explicites ? On le croirait, car Feugère écrit : © Un prédicateur étant tombé malade au milieu d'une retraite, on chargea Bourdaloue de le remplacer. Son succès fut éclatant ?. » Quant à M. l'abbé Pauthe, il est plus précis encore, sinon plus exact, ce dont il est impossible de juger, puisqu'il ne cite point de garant. Après avoir parlé de l’éducation de Louvois, entreprise à contre-cœur, 1l continue :

Mais le talent de parole, départi si largement et si flatteusement reconnu au jeune professeur, prédestinait Bourdaloue à de plus importants et à de plus glorieux travaux, et en dépit de ses résistances énergiques (?), il eut à se produire sur un plus brillant théâtre. Dans une circonstance délicate, au cours même d'une retraite ecclésiastique, il fut amené à remplacer le prédicateur qui avait été atteint d’un mal subit,

Il est à craindre que ces détails, qui vontse précisant, de Feugère au dernier historien de Bourdaloue, ne reposent pas assez sur «les mémoires du temps Ÿ. »

{. V. plus haut, p.231, note 1.

2. Nous avons vu plus haut M. le chanoine Pauthe nous décrire, pour ainsi parler, en témoin, les classes de morale de Bourdaloue. Peut-être la base de ces affirmations est-elle cette phrase de Feugère, due, celle-ci, à une observation directe du texte des sermons, mais conjecturale toutefois, en ce qui concerne le travail de préparation de ces sermons Ce labeur fut l'occupation de toute sa vie et il ne le faut pas restreindre à une époque où sans doute l’orateur s'ignorait lui-même: « Il lut, compara, approfondit les Pères et plus encore les docteurs du Moyen-Age. » p. 10. Ce deruier trait plus encore est discutable.

3. C'est la référence unique donnée pour l’article Bourdaloue dans Moreri.

N'est-il pas d’une sage critique et d’une légitime prudence de nous défier souverainement de ce genre d’anecdotes vagues, un peu trop semblables aux traits, édifiants peut-être, mais peu solides, que les Ælorilegia, Aurifodinae, où autres « thrésors » et répertoires Offraient aux prédicateurs pour illustrer leurs sermons par des exemples ? Le malheur était que ces récits tenaient trop souvent de la Légende dorée de Jacques de Voragine ou d’autres sources aussi mêlées, et la preuve en est dans la ressemblance des évènements taillés sur un patron uniforme, bien qu'’atiribués tour à tour à des héros différents. On a beau dire que l’histoire recommence sans cesse : 1] n’est pas moins inquiétant de constater des ressemblances trop précises entre deux ou trois anecdotes attribuées aux personnages les plus divers, se déroulant toutefois avec accompagnement des mêmes circonstances. A moins que cet accord plus que fortuit, quand il s’y adjoint surlout un « vague » peu rassurant dans l'indication des lieux, des temps, des autorités alléguées, ne soit purement le signe d’une légende générale, d’une de ces personnifications ou mises en scène de faits vulgaires, communs à tous les individus d’une même condition, et par leur banalité même, apphcables à tout le monde. Quel orateur en effet ne s’est point « révélé » quelque Jour, et l’évènement même de cette découverte n’a-t-il point pris corps dans une Aistoire, un récit de l'aventure, susceptible d’embellissements ? Comment ne serait-on pas exposé à grossir le côté fortuit de l'accident qui à mis en lumière un talent prenant un beau Jour conscience de sa valeur ?

Les défiances sont éveillées par la narration, peu précise (si peu fixée qu'elle va sans cesse se chargeant d'une circonstance nouvelle), qui prétend dater l’'apparition en chaire de Bourdaloue ; elle est trop typique, ou mieux, trop conforme à un type convenu. Qu'on en juge par le récit qui cireulait déjà sur le compte d’un

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