LES RÉCITS LÉGENDAIRES
seulement des différences dans les divers récits qui nous sont faits de ce premier sermon, mais surtout l'absence de toute pièce écrite, qu’on omet de nous produire, sont pour nous mettre en une extrême défiance.
Nous serions heureux d’ailleurs que ce doute jeté sur une tradition qui n’a eu jusqu'ici, que nous sachions, d'autre organe que le bibliothécaire de Bourges, Chevalier de Saint-Amand !, amenät les habitants de la ville illustrée par Bourdaloue à produire les preuves de ce premier sermon de Bourges. Jusqu'à démonstration plus solide, nous croyons pouvoir le tenir pour un mythe.
Ecartons d’abord les témoignages de seconde main, sources dérivées et mêlées d'ordinaire de conjectures additionnelles.
La notice déjà citée de M. Profillet, après avoir raconté, aussi d’après M. Chevalier de Saint- Amand, comment Bourdaloue s'était révélé durant une retraite, où il remplaçait à l’improviste un prédicateur malade, ajoute :
La famille de Bourdaloue ne croyait guère encore cependant à la gloire future de son héritier. Mais un jour à la suite d’un sermon prononcé devant lui, l'archevêque de Bourges, après avoir félicité le jeune prédicateur, le retint, dit-on, à diner. A partir de ce moment, Etienne Bourdaloue ne douta plus du mérite de son fils 2.
Le récit a déjà subi une première déformation, qui ne serait pas sans importance, celle de substituer à sa mère, le père du jeune orateur. Il a perdu aussi en précision de détail, car la notice du bibliothécaire de Bourges nous apprenait le nom de larchevêque et surtout l’église où fut prêché le discours :
On rapporte, écrivait M, Chevalier, que Jean de Montpezat de
Carbon, cent deuxième successeur de saint Ursin, ayant entendu
1. Notice biographique sur le père Bourdaloue, par Chevalier de Saint-Amand, bibliothécaire de la ville de Bourges. A Bourges, chez Vermeil, au Grand Bourdaloue, 1842, 1n-8.
2, Profillet, p. 153. Cf. plus haut, p. 239, note 1.