‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 16 sur 367 · Feugère, p · texte numérisé non relu

Feugère, p

A te

l’orateur même, de tout ce qu’ajoutaient à la parole, l’action, le son de la voix, l’attitude, le regard et le geste. Dans un ouvrage très finement écrit sur saint François de Sales, pour expliquer comment son héros dont il fait un précurseur des sermonnaires du grand siècle, ne nous offre cependant dans ses œuvres que des sermons assez déce-

vants, M. A. de Margerie écrivait :

Recueillis au vol et à son insu par des plumes intelligentes 1, ils n'ont été publiés qu'après sa mort. Si diligents que fussent ces sténographes avant la sténographie, il était impossible que la reproduction fût tout à fait exacte et complète, Il est donc au moins très probable que nous n'avons pas ses sermons tels qu’il les avait prononcés. Il est certain que nous ne les avons pas tels qu'il les eût publiés lui-même.... Pour lorateur qui improvise et qui veut ensuite imprimer, le discours, si fidèlement reproduit qu'il soit, ne peut guère être qu’un brouillon exigeant une révision sévère. Quand la flamme de l'accent, du regard et du geste s’est éteinte, la parole refroidie n’est plus ce qu’elle était et celui qui la prononcée s’y reconnaît à peine, Il y constate des incorrections qui ont pu être des trouvailles charmantes au moment où elles naissaient sur les lèvres, des vides que l’action oratoire avait su combler, des répétitions qui furent nécessaires pour que la € parole aïlée » ne s'envolât pas avant d'être, pleinement comprise, mais qui à la lecture ne sont que fatigantes, mille choses à ajouter où à retrancher ou à corriger. Il sent qu'il doit donner à sa forme un degré plus haut de perfection pour compenser tant bien que mal ce qu'elle a perdu en passant des lèvres vivantes au papier mort.

Même pour les sermons écrits, nous n'avons point d'assurance que saint François de Sales les eût confiés à l’imprimeur sans leur faire subir un dernier contrôle. Car autre chose est de déposer un manuscrit dans un tiroir, autre chose de lui faire affronter les regards du public ; avant de lui laisser courir cette fortune, l’écrivain, devenant son propre critique, lui fait passer une suprême revue

d'inspection ; puis il se corrige encore sur l'épreuve, et il ne donne le

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