L'HYPOTHÈSE D'UNE VÊTURE A BOURGES
Toutefois lespèce de violence faite à l’orateur, à en Juger par les épigrammes du P. de Fourcroy pour le déterminer à ce premier sermon, le seul signalé dans celte même source, indiquerait plutôt qu’il n’a pas moins fallu peut-être qu'une invitation de famille à laquelle l’orateur n'aura pu refuser sa parole, pour obtenir ce sermon du centuple. L'hypothèse d’une vêture au monastère de Saint-Laurent n’est donc point à écarter. Puissent les érudits de Bourges se piquant d'honneur pour cet orateur qui fait leur gloire, nous dire si vraiment et pour qui auraient été prononcées dans l’église de ce monastère les paroles qui terminent le troisième sermon sur l’état religieux! Est-ce pour une pénilente, est-ce pour une parente, que l'orateur aura pu dire :
Tels sont vos sentiments, ma chère sœur ; la solidité de votre esprit, la ferveur de votre piété, l’inflexible fermeté que vous avez fait paroître en vous arrachant du sein d'une famille qui comptoit sur vous pour vous élever aux honneurs du monde, & sur qui vous pouviez compter pour parvenir à ce qu'il y à de plus grand dans le monde; fout cela Joint aux connaissances encore plus particulières que j'en puis avoir, me répond des dispositions intérieures de votre âme. . 1
Mais le champ des hypothèses est indéfini et n'est point une voie tracée. Ce n'est donc pas là qu'il faut s’arrêter à loisir et mieux vaut poursuivre la route, désormais plus Jalonnée de dates certaines qui nous va conduire, en diverses étapes le long des trente-quatre années de la prédication à Paris.
1. Ces paroles ne peuvent être décisives, étant applicables en plus d'une circonstance, savoir aux sermons que préchait Bourdaloue pour la vêture ou profession de personnes dirigées par lui. Ainsi: le 10 juin 1671; à la fin de 1680 :. le 30 décembre (686; en mai ou juin 1692? ; le {+ mars 1703; le 1° mai 1704, etc. ,netc.s.
a. — (P. 216, note 2). Lauras tient pour le 20 acût indiqué par les catalogues, sauf un qui porte 19, corrigé en 29. Restcrait à savoir d'où venait cetle indicatiou qui ne peut avoir plus de valeur que celle, incertaine et inconnue en somme, de la date d'entrée de Bourdaloue, dont le mois nest pas constant, 10 octobre ou 10 novembre. Quant au ms. 1019 du Cabinet des titres, il est très vrai qu'au f. xxunr, on y lit: « Louÿs est jésuite et a pris l'habit à Paris le x novlembre] 1643 (sic) (ef en marge) né le 20 aoust 1632 »; et au bas de la notice d'Anne Bourdaloue : « Je soubs signé Estienne Bourdaloü- certifie l'’aage de mes Enfants estre des jour et an cy dessus... le xime Juin de l'année de gre cinqt. six. » Mais ces mentions sur le manuscrit dressé par Robert Hodeau, qui avait épousé en 1616 une sœur d’Etienne, n'ont point semblé concluantes à M.J.-B.Tausserat. [1 faudrait savoir d'ailleurs de qui sont tant d'indications, comme celle de la mort de la mère de Bourdaloue, 18 mai 1700 (fautive par conséquent, lisez 22 mai), et de Bourdaloue lui-même, 13 mai 1704, postérieures au visa d'Etienne. Les témoignages de Bretonneau et de Mme de Pringy ne sont pas distincts des précédents et ne s’y ajoutent pas. Des affirmations dérivant d'une source unique ne se fortifient point par le nombre.
b.— (P. 217, note 2), Zevue du Centre (15 septembre 1883); M. A. Beauchesne s'efforce d'y prouver que la noblesse des Bourdaloue date du xIe siècle. — Une réponse de M. Tausserat, au numéro du J5 février 1884, démontre le peu de crédit que mérite le ms. 1019 de la Bibliothèque nationale. V. du reste M. Tausserat, p. 17, note 1, où sont indiqués, de cette revue, les articles de M. Beauchesne des 15 juillet, 15 août, 15 octobre 1883 et du 15 mars 1881, et de M. Tausserat, 15 septembre 1853 et 15 février 1884.
c. — (P. 217, note 3). Serait-ce un des Bourdaloue chapeliers qui aurait donné son nom au ruban qui garnit la base des chapeaux et entoure la partie inférieure du « tube »? Elle se nomme ou se nommait au temps de ma jeunesse, en terme de métier, un « bourdaloue. » Quant aux autres acceptions, dont une plus infime de cé mot, on rencontre des tentatives d'explications dans l'Intermediaire des chercheurs, t. 11, pp. 582, 590, 663. M. Tausserat, propose comme étymologie de Bourdaloue Borcla leucae (p. 18, note 2). Il parait bien qu'on pourrait comme autrefois dans le Mercure galant, janvier 1695, p. 109, à propos de Bordeaux et de l'origine de ce mot, proposer les conjectures plus ou moins bizarres et diverses, qui restaient d'inutiles et insolubles énigmes. V.plus bas, 1680.
d. — (P. 219, note 2? et p. 229, note 1). L'article fort intéressant de M. A. Barral sur deux livres de prix de Bourdaloue, paru dans la Revue du Centre du 15 juillet 1883, et, bien antérieurement, dans les Annales de Philosophie chrétienne, août 1864, suppose que Bourdaloue redoubla son année de rhétorique. En effet le prix qui lui fut accordé en seconde le 31 août 1644, — seul mentionné par le P. Lauras (p. 9), est accompagné à Bourges, — quoi qu'en dise le P. Lauras, croyant réfuter l’assertion de M. Profillet, — d’un premier prix de composition grecque obtenu le 21 août 1646, soit deux ans après, et c'est bien le volume des Ærasmi Adagia, dont le P. Lauras niait la probabilité. « Le titre seul, écrivait-il, nous fait croire qu'il y a erreur; les ouvrages d Erasme ont toujours été interdits dans les anciens collèges des Jésuites: de plus, si M. Profillet a eu ce volume sous les yeux, ce n’est point à Bourges; nous ne l'avons trouvé ni dans le catalogue ni sur les rayons de la Bibliothèque de cette ville. » C’est là pourtant que le volume a été vu par M de Barral, qui le décrit en détail, confirmant et complétant ainsi les affirmations de M. Profillet. lODACT Ep lo)
Ainsi le prix délivré en 1646 à l'élève de rhétorique porte bel et bien pour titre Adagia Érasmi, Froben, Bâle, 1539, pro nrimo solulae orationis graecae praemio, 31 août 1646, avec la signature Valentin Cocurnez.
Je ne prétends aucunement expliquer comment Erasme fut ainsi donné en prix, mais le fait semble indiscutable, et que le livre n'ait point été soumis au P. Lauras en tournée à Bourges, c'est aisément explicable. Cela prouve uniquement que le livre n'ayant pas été trouvé ce jour-là, on n’a pu le montrer au visiteur. Il est donc prudent de ne pas mettre aisément en doute, sur des arguments de « convenance » ou d'impossibilité morale, un fait affirmé par un témoin oculaire.
Voici du reste ce qu'écrivait M. l'abbé Barral dans son article des Annales de Philosophie chrélienne, (août 1864, p. 153 et suivantes) : « Un de ces deux prix a été obtenu par Bourdaloue en 1644. Le volume renferme, sous ce titre : Erclesiasticae historiae authores.…., des ouvrages d'Eusèbe, de Ruffin, de Théodoret, etc., etc... Il est dû à la munificence de Mgr d'Hardivilliers, archevêque de Bourges. C’est un très beau volume in-d, édité à Bâle par Froben. en 1562. »
FROBEN, Basileae.
MDLXII.
La reliure est riche, la tranche dorée, le dos et les plats sont semés de fleurs de lis d'or. Au milieu se voient les armes du donateur, Mer de Bourges. Sur la première feuille deux dessins au trait représentent deux espèces de tenants d'armes : deux hommes à tête de cerf et encadrent l'attestation suivante :
Ego infra scriptus, Collegii Bituricensis beatae Mariae soc... Jesu studiorum praefectus, testor ingenuum ailol scentem Zudovicum Bourdaloue, bunc librum qui inscribitur : Ecclesiastlicae hisloriae authores, pro primo solutae orati mis latinae praemioin secundà scholà meruisse et in publico eiusdem collegii theatro ex munificentià illustrissimi ac reverendissi do : domini Petri d'Hardivilliers patriarchae archiepiscopi biturensis, etc... consecutum esse, In cuius rei fidem chirographum hic meum ac collegit nostri sigillum apposut,
Biturigibus, die trigesimo primo augusti anno Domini 1644.
dE SE TA 4 , Ludovicus du Pont.
Sigillum collegii Bituricensis societatis Jesu.
Le second livre est dù aussi à la libéralité d'un grand seigneur. C’est un prix obtenu en 1646 par Bourdaloue, alors en rhétorique. Il contient les Adagia Erasmni, et il sort de la même librairie Froben :
Basileae ex officina Frobeniana.
An... MDXXXIX.
C’est également un fort beau volume grand in-4e, Les armes du donateur sont au milieu de la couverture; le dos du livre et les plats sont semés de la principale ou plutôt de l'unique pièce de l’écusson.
Le premier feuillet contient l'inscription suivante :
Ego infrà scriptus collegii Bitur... B ...Miae .. soc ... J ... studior ... Praef testor ingenuum adolescentem Ludovicumn Bourdaloüe istum librum qui inscribitur : Adagia Erasmi Rolerdami, pro primo solutae orationis graecae praemio in Rhetorica meruisse et in publico eiusdem collegii theatro ex munificentià et liberalitate illustris ..… do... Poloni Domini Constantini de Buin Comitis Opalinski Palatinidae Postmaniensis consecutum esse. In cujus rei fidem chyrographum hic meum et collegii nostri sigillum apposui. Biturigibus die vigesimo primo augusti anno Domini 4646.