‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 165 sur 367 · DESMARES ET BOURDALOUE · texte numérisé non relu

DESMARES ET BOURDALOUE

et ce n'est point pour nous déplaire, car cela nous aide à battre en brèche, dès l’origine, la légende du prédicateur récilant ses discours comme une leçon et fermant les yeux pour laisser travailler en paix sa mémoire.

L'auteur de la notice nécrologique rappelle comment les jésuites, ce qui est fort possible, avaient obtenu à deux reprises l'éloignement du P. Desmares des chaires de la capitale, en 1643, pendant son carême de Saint-Merri, puis, après son exil de dix ans à Quimper f, (Al des Jéiies du roi du 24 janvier 1652 ; il ajoute qu’une troisième fois ses talents pour la chaire l’en firent de nouveau exclure, dans le but de délivrer le P. Bourdaloue d’un voisinage dangereux, la Société craignant pour son prédicateur, chez qui les qualités de fonds ne valaient pas la forme extérieure. Le témoignage n’est pas banal :

Le Pere des Marcs, dit son biographe, n’écrivant pas ses sermons, l’art humain y avoit peu de part. IL étoit petit et de peu de mine & n av oit rien dans sa personne ou dans Sa prononciation ? de préve-

nant ou d’agréable. Le P. Bourdalouë, Jésuite prêchoit alors, & commençoit à se faire la reputation qu'il s'est justement acquise,

1. L'exil indiqué ici ne doit point avoir été sans interruption. Mme de Motteville dit, en {647 : « Nous n'avons plus, Dieu merci de guerre de religion en France : il y avoit seulement des contestations qui arrivoient souvent entre nos Docteurs sur des questions de Théologie. Il y en avoit une sur la gräce... Le P. des Mares, de la congrégation des Prètres de l'Oratoire qui préchoit le Carèême cctte année avec beaucoup de zèle, & tout à fait selon l'Evangile quant aux mœurs, étoit suivi des gens de la plus grande qualité, des plus beaux esprits, et même de plusieurs personnes des plus retirées du monde ; mais quant à la doctrine on le croyoit de l'opinion de Jansénius.. Et comme il lui étoit difficile, aussi bien qu'à tous autres prédicateurs, de traiter cette matière si délicatement qu'on n'y püt rien trouver à redire, on ne parloit d'autre chose à Paris que des Jansénistes et des Molinistes. .» (Amsterdam, 1783, &. 1, p. 423, et Collection Pelitot, t. xxxvIx, p. 224. Cf Lauras, 11, p. 391.) C'est donc à la suite de cette station, consignée dans la Lisle, p. 9, € A $. André des Arts, Le R. P. Joseph des Mares (sic), Prestre de l'Oratoire », qu'advint un nouvel éloignement. Le P. Paulin, dans sa correspondance, le place au 2 février 1648, car ce joue la Desmares prèche à Saint-Merri (Sainte-Beuve, Port-Royal, 11, 209, n.?. Cf. P. Henri Chérot, la première jeunesse de Louis XIV, p. 38.

2. On sait q'ie le mot prononciation avait un sens général embrassant et la diction et le geste. Cf. p. 6, note 1.

mais comme ce celebre Predicateur brilloit encore plus, selon les Memotres du tens, par les charmes de sa declamation, que par la force de son éloquence, les Jesuites craignirent de le voir obscurci, leur haine se ranima, & le Pere des Mares fut encore obligé de se soustraire à la nouvelle tempête qui se préparoit à fondre sur lui 1...

Le narrateur nous le montre se réfugiant à Liancourt où 1l mourut le 1Q janvier 1687 ?.

On serait curieux de connaître les Mémoires du lemps invoqués par ce biographe qui rédige sa notice en 1725. Mais son assertion sur l’action agréable de Bourdaloue n'est contredite par aucun document ancien hors de conteste. Le fameux passage des Dialoques de Fénelon sur l’'Eloquence de la Chaire ne vise pas peut-être notre orateur aussi assurément que certains criliques ont paru le croire *,

Quant à l’époque exacte à laquelle Desmares, exilé de nouveau, aurait été vicime de la toute-puissance des Jésuites, veillant si soigneusement sur leur gloire naissante, 1l est malaisé de la déduire de la lecture du Vécrologe. I y est question dans l’'énumération des stations de Desmares à Paris de l’avent prêché à Saint-Roch en 1668 sous Hardouin de Péréfixe. Le nom de l’évêque concorde avec l’année, mais la Liste des Prédicateurs ne signale point Desmares. Il est vrai, nous l'avons vu par lPaddion manuscrite de 1669, qu'elle n’est point toujours complète ni exacte. Il faut bien admettre aussi que Desmares n’a pu porter ombrage à ceux qui comptaient sur Bourdaloue pour une revanche des Provinciales avant

1. Supplément au nécrologe de l'abbaie de Notre-Dame de Porlt- Potal des Champs, ordre de Citeaux, institut du St-Sacrement : Première partie, ms. par M. de Saint Marc, s. 1. MCCXXXV, in-4. P. 316. Le Pere des Mares, prestre de l'Oratoire, — Le dix-neuvieme jour mourut à Liancourt au Diocése de Beauvais agé de plus de 87 ans. ., etc.

2. Sainte-Beuve a représenté Desmares comme un prédécesseur ou pré-

curseur de Bourdaloue, et comme continué par Le Tourneux. Port-Royal. Table vi, p. 101. T. 11, p. 309, n. 9, 1.

3. V. plus bas, à l'année 1691, une discussion de ce témoignage.

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