‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 166 sur 367 · DESMARES ET BOURDALOUE · texte numérisé non relu

DESMARES ET BOURDALOUE

l’arrivée de celui-ci. Une note de M. Monmerqué, dans son édiuon de M"° de Sévigné, dit de Desmares : « Longtemps interdit, il remonta en chaire à Saint-Roch en 1669. » I y à là une inexactitude. D’après les mémoires du P. Rapin, auxquels a puisé le P. Lauras ‘, le P. Desmares, sorti de sa retraite de Liancourt, (nullement, comme on linsinue à tort, pour être opposé à Bourdaloue encore à Rouen), prècha les quarante-heures avec quelque éclat (mars 1669) à Saunt-André-des-Arts.

Le Nonce y vint accompagné du coadjuteur de Reims (Maurice Le Tellier) et d'autres prélats, la princesse de Conti, la duchesse de Longueville, le duc et la duchesse de Liancourt, Arnaald, etc... et le prédicateur fut engagé à prêcher le carême suivant ; trois fois la semaine il parut dans la Chaire aux Augustins de la Reine Marguerite ?. Pour donner plus de vogue à l’orateur, le parti mit en œuvre un cérémonial inusité : des cents-suisses parcouraient les avenues pendant que les dames de qualité se rendaient en grande parure à des places réservées, ce qui, disent les mémoires du temps #, était un grand attrait pour les jeunes seigneurs de la Cour. Le Roi en fut informé et fort scandalisé de tout ce fracas, au point qu'il défendit à la reine de s'y trouver, malgré les invitations pressantes qui lui furent adressées. La duchesse d'Orléans Henriette d'Angleterre, ne put se dispenser d'aller entendre le P. Desmares, démarche qui

releva son crédit dans le parti 4.

Peu nous importent les insinuations que les « mémoires

{. Lauras, 11, p. 2393, renvoyant aux Mémoires de Rapin, t. ur, p. 498. 2. N'est ce pas une erreur, et qui s'est trompé, de Rapin ou de l’annota-

teur anonyme de la Liste, qui a marqué Desmares aux Grands-Augustins ? Les Augustins de la Reine Marguerite, augustins déchaussés, appelés plus tard Petits-Pères, avaient un couvent fonde vers 1623, sur la paroisse Saint-Eustache. (Lebeuf, r, p. 67 ) Ils étaient depuis 1608 ou 1609 sur la paroisse Saint-Sulpice. (1bid., p. 281). Les Grands-Augustins, au contraire, auxquels se rapporte plus probablement cette station de Desmares, étaient sur le territoire de Saint-Audré-des-Arts. C'est chez eux qu'en 1653 les mus.ciens du roi obtinrent de l'archevèque de Paris d'établir une confrérie de Sainte-Cécile, 15 mai. Par contre, c'est chez les Petits-Pères, sur Saint-Eustache, que fut inhumé Lulli. ({bid., pp. ?89 et 67.)

3. Quels mémoires ? Ces références vagues n’offrent guère de prise au contrôle, qui serait pourtant ici bien nécessaire.

d'Lauras bit "pr 593

du temps » prodiguent pour ou contre un parti suivant leurs préférences. Si cet éclat qui « scandalisait » le roi, soigneusement informé, amena la nouvelle et dernière retraite de Desmares, ce ne fut pas tout au moins l’année même. Comment au surplus écrire l’histoire à l’aide de ces témoignages ? En les retournant, on prouverait — et ce ne serait pas plus exact —, que Bourdaloue fut appelé de Rouen à la rescousse. L'important est de constater que la note manuscrite de la Liste des Prédicateurs du carême de 1669, témoin d’une invitation in extremis, confirme, et même rectifie les mémoires moins impersonnels que nous avons cités. La Liste d’ailleurs porte explicitement au carême de 1671 : & À Saint Roch. Le Reuerend Pere Desmare. » Une lettre de M°"° de Sévigné le montre prêchant à Paris peu de temps avant le 20 mars de cette année. Car à cette date, elle raconte à M de Grignan une mésaventure qu'un mauvais plaisant s’avisa d'attirer au prédicateur. Spéculant apparemment sur sa myopie, on lui remit au moment où il montait en chaire un billet contenant un couplet d’afleluia, commençant par les mots: « De par Monseigneur de Paris! » Il faut croire qu'il ne se rendait point compte fort vite de ses lectures, sil est vrai, comme le raconte la malicieuse marquise, qu'il en ut plus de la moitié. » « On pensa mourir de rire, continue-t-elle. Il y a des gens de bonne humeur comme vous voyez. »

M°° de Sévigné eût dû avoir plus de pitié pour cet ami de Port-Royal qui était à ses yeux le type du prédicateur à la doctrine exacte sur les questions de la « grâce et de la fréquente communion.» Ne dira-t-elle pas de Bourdaloue,

quand il prêchera le 4 mars 1683 sur l’évangile du cen-

tenier, à Saint-Paul, de « manière qu’il n’y eût pas un mot à reprendre n1 d’un côté ni de l’autre » et que « M. Arnauld

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