MALGRÉ L'AUTEUR. — LES COPIES MANUSCRITES
Pour mieux faire connaître les recueils subreptces, manuscrits Où imprimés, qui, dans cet exposé, nous serviront souvent de point d'appui, essayons de retracer à grands traits ce que fut au xvuw siècle la genèse d’une édition de sermons et quelle conception se faisaient de leur rôle d’éditeur ceux qui publiaient alors soit leurs propres prédications, soit les discours de quelque orateur jugé digne de passer à la postérité.
Avant d'arriver à la période définitive qui devait, dans une sorte de texte immuable, fixer la doctrine et l’enseignement de lorateur à éditer, les sermons étaient suscepübles de passer par deux stades, celui des copies
te LA PUBLICATION CLANDESTINE
manuscrites, circulant plus ou moins sous le manteau, et celui des éditions clandestines et impressions subreptices, suivant de très près la diffusion des copies.
De la première période, celle des sermons courant en manuscrit, il y aurait bien des choses à dire, si c’était le lieu d'étudier ce côté encore inédit de l’histoire littéraire. La corporation des maîtres à écrire assez jalouse de ses droits pour intenter maints procès à tout maitre d'école qui se permettait d'enseigner lécriture aux enfants ?, devait tenir à cette espèce de monopole lucratif, qui la mettait à même de vendre à tout venant les sermons des orateurs en vogue, recueillis au vol et transcrits à la hâte. Les scribes avaient aussi à satisfaire les collectionneurs plus désintéressés qui désiraient se constituer des recueils de sermons, non pour les prêcher, comme le faisaient bon nombre d’ecclésiastiques, mais pour aider leur dévotion. On composait de ces recueils des livres de lecture pieuse, par pure fantaisie, ou par goût, voire par engoûment, pour tel orateur plus estimé. Les amateurs qui réclamaient un certain luxe s’adressaient , sinon à des calligraphes, du moins à des copistes plus soigneux et plus habiles ; ils essayaient de reconstituer un carême où un avent entier de leur prédicateur favori, et faisaient relier à leurs armes le volume ainsi disposé. Enfin les demandes venaient des prédicateurs eux-mêmes qui, pour répondre aux instances de leurs amis ou témoigner leur reconnaissance à une famille considérable, offraient tel ou tel de leurs sermons soigneusement transcrit et revêtu de papier à ramage multicolore, comme celui des feuillets de garde des livres du temps. Les archives communales de Lille possèdent un exemplaire luxueusement copié et broché ainsi du sermon de vêture que Fromentières prononça pour l’entrée en