‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 213 sur 367 · LES LETTRES ANNUELLES · texte numérisé non relu

LES LETTRES ANNUELLES

la-Royale où elle entend le P. Alexis du Bue. Il n’y à guère de place pour une assiduité très marquée aux sermons de Bourdaloue. Toutefois la Gasette ne signalant point toutes ses démarches, on ne peut conclure absolument.

Les Lettres annuelles de 1671, non moins significatives que les précédentes, sont, comme elles, une sorte de chant de triomphe célébrant le succès de Bourdaloue :

Sacra pulpita, licet hactenus tot hominibus eruditione sua insignibus ilustrata fuissent, unum aliquem videbantur optare, qui palam et omnium oculis demonstraret de summo illo tractandi verbi divini munere Societatem, uti jactabant adversarii, nequaquam descivisse. Id ipsum praestitit R. P. Ludovicus Bourdaloue, qui posteaquam, saumma cum laude, superioribus annis, auditus fuisset in templo Domus Professorum, conciones hoc anno habuit in primario templo sedis archiepiscopalis Parisiensis, per quadragesimam, et in templo divi Joannis, per adventum, concursu principum virorum primatum, caeterorumque omnium tanto, ut de nocte etiam pedissequos suos ad: retinenda in crastinum diem loca mitterent. Quantum porro viris illis satisfaceret, dicendo nequaquam pares sumus. Certe ipse Rex Casimirus Poloniae, licet magna Parisiis sit concionatorum copia, vix alium tamen audivit, quin et ipse dux Aurelianensis, Christianissimi regis frater unicus, serenissimam conjugem sibi recens matrimonio unitam voluit eo deducere, ut ex hoc uno céncionatore intelligeret, qua ratione divinum verbum apud catholicos tractaretur : Haec enim, agnita catholicae veritatis luce, lutheranam haeresim unius e nostris operâ (le P. Jourdan), quem modo habet a confessionibus, non ita pridem ejurârat.

Bourdaloue nous est donc présenté comme l’orateur « hors du pair », servant de réponse aux objections qui reprocheraient à son ordre de n'avoir plus dans la chaire la place occupée autrefois. Naturellement la présence de Madame, conduite au sermon par son nouvel époux, est mentionnée. On rappelle que, récemment convertie du luthéranisme, elle a pu voir comment chez les catholiques, est annoncée la parole de Dieu. Mais une seule présence au sermon de Noël suffisait pour introduire cette mention dans le récit des évènements de l’année ; par conséquent cette relation ne nous apprend pas combien de fois la seconde duchesse d'Orléans est venue entendre Bourdaloue.

Une remarque, la seconde, sur les places retenues dès la veille par les laquais pour leurs maîtres !, reste un fait tangible et parlant, mais connu déjà. Il faut souligner davantage la présence assidue du roi de Pologne. Est-ce au carême seul, est-ce à l’avent, ou à l’une et à l’autre de ces stations que s'applique la phrase : licet magna Parisus sit concionatorum copia, vix alium tamen audivit (rex Castmirus). Pea importe du reste l’application de détail, l'assistance assidue ou fréquente pouvant se conclure. Or, elle nous explique cette expression devenue banale et usée, antithèse accolée au nom de Bourdaloue, prédicateur des rois el roi des prédicateurs. A plusieurs reprises le P. H. Chérot ? avait tenté d’en suivre toute la genèse. Il était facile de redresser le Menagiana *. On y lit :

Parce que le P. Bourdaloue qui prêche si bien a prêché devant le Roi et devant le Roi d'Angleterre, un Provincial dit, croiant bien raffiner qu'il étoit le prédicateur des rois, etc.

Le plus curieux est que le Menagiana indique sa référence : « Voiez le Père Bouhours, p. 110 de ses Doutes à MM. de l'Acad. » I va sans dire que dans le livre du P. Bouhours datant de 1674, il n’est pas question du roi d'Angleterre, lequel ne se réfugia en France qu'après la Révolution de 1688. Il fallait donc chercher avant 1674 le fondement de cette formule.

1° L'origine était l’expression assez naturelle et banale rencontrée plus haut dans les Lettres annuelles de 1670.

> Ce qui donnerait la clef de l'expression serait la mention de l’assiduité du roi Casimir aux sermons de cet oraleur, qui au mois de novembre précédent a parlé devant le roi de France, le Roi par excellence pour les Français de ce temps. On a du coup lexplication des divers autres stades :

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