Cloyseault, 1. c., p
de l'emprunt forcé, et même la théorie raisonnée du systématique emploi des copies était portée au xvnm siècle et au suivant, pour ne parler que des siècles tout à fait passés.
Cependant la patience et les prévenances du P. Senault à l'égard de ses plagiaires, déguisés ou candides, n'étaient pas imitées de tous les orateurs.
La plupart firent entendre tout au moins de platoniques réclamations. Tous paraissent connaître l’usage qu’on fait de leur parole que les scribes ont dérobée et fixée toute vive. Mais ils ne se font pas faute de s’en lamenter.
En tête de son Octave du Saint-Sacrement, dont la cinquième édition paraît en 1676, Biroat ? écrit qu'il doit sers se deffendre contre un certain abus qui s’est glissé depuis quelque temps dans Paris, & que je puis, ce me semble, dit-il, appeler comme une petite persecution de nostre ministere. Il y a certaines personnes qui viennent escrire les Sermons à mesme temps qu'on les prononce,
& qui faisans une espece de commerce des copies qu'ils en distribuent en diuers lieux, les rendent ainsi publics d’une manière secrete ?.
Aussi l’orateur, continuant d’un ton des plus convaincus un réquisitoire en règle contre les copistes, les enferme dans un dilemme qui les condamne également, qu'ils soient exacis ou non :
En quoy certes, poursuit-il, ils font tort à ceux qu’ils semblent honorer par le soin qu’ils prennent de recueillir leurs Ouurages : soit qu'ils les prennent mal, soit qu'ils les copient exactement, leur fidelité & leur infidelité dans ces occasions est également injurieuse.
1. Il faut lire les deux intéressants chapitres consacrés à cet orateur par M. F, Castets, dans son Bourdaloue (pp. 207-265). V. plus bas, p. 119, note b.
?. La vie de Tésus-Christ dans le St Sacrement de l'Aulel, preschée durant l'Octave du Saint Sacrement dans l'Eglise de Saint André des Arts, l'année 1657, par M. lacques Biroat, Docteur en Theologie, de l'Ordre de Saint-Benoist, Conseiller et Prédicateur du Roy. Cinquième édition. A Paris, chez Edme Covterot, ruë S. lacques, au bon Pasteur. MDCLXxvI. Préface.
S'ils ne prennent pas fidèlement les discours comme on les prononce, ils ne produisent que des monstres, composez de differentes parties ; de ce que le Predicateur a dit & de ce que l’Escrivain y adjoûte de luy-mesme, pour suppléer ce qui a eschappé à la vitesse de sa main, & qui manque à sa copie. Et s'ils sont assez fideles pour ne rien perdre ou gaster de qu'on dit, ils font deux autres injures au Predicateur, l’une de luy derober ses trauaux, l’autre de les publier souuent contre sa volonté & tousiours à son desaduantage 1.
La conclusion ordinaire de ces sortes de plaintes est un peu celle de toutes les préfaces. Jamais l’auteur ne s'était proposé de publier son œuvre. Au lieu de céder ici, comme disent tant d’autres, aux importunités d’amis éclairés qui l’en pressent, il se protège comme il peut, et mis dans le cas extrême de légitime défense, il prend le paru de se faire imprimer ? :
l'ay crû, dit Biroat, deuoir donner uolontairement ce qu’on m'arrachoit par force, & publier par mes propres mains ce que je voyois à demi publié par celles des autres, et qu’enfin il valloit mieux mettre mes Sermons en estat de pouuoir moins nuire à mon ministère, & profiter dauantage au public, que les laisser dans ces copies infidéles, où ils me pouuoient beaucoup nuire, et ne pouuoient pas beaucoup profiter ©.
Biroat parle de copies, mais en même temps de traductions
. en des langues Estrangéres : soit afin que ce déguisement les rendit moins reconnoissables, soit afin que les faisans reuernir d’un Païs esloigné, & leur faisans parler un autre langue, on püût douter de leur Autheur, & du lieu de leur naissance 4.