‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 25 sur 367 · Biroat. Ibid · texte numérisé non relu

Biroat. Ibid

4, Ibid.

I ne dit rien des € impressions clandestines ». Il est possible d’ailleurs que, pour nombre d'acheteurs, les manuscrits aient longtemps paru préférables aux imprimés et moins compromeltants. Ce sont des manuscrits que semble désigner l’auteur d’une satire copiée dans un recueil janséniste, Dans ce pamphlet d’ailleurs peu spirituel, intitulé les Poches des PP. Capucins, on explique le nom et l'emploi de ces multiples cachettes :

La onzième poche est la secrète. Celle-ci est dans le capuchon; il n'y a que les esprits forts de l’ordre qui s’en servent. On y met l'argent que les religieuses et les dévotes donnent pour acheter des sermons à Paris, des miniatures en Flandre et autres gentillesses... Le Rd p. Archange De Luynes adroit et rusé normand l’a inventée depuis vingt ans et luy a donné son nom. On ne doute nullement qu’elle ne soit approuuée dans quelque chapitre général à cause de l'utilité qu'en pourront retirer les Jeunes religieux qut ont du talent pour la prédication 1.

J'imagine qu'il s’agit surtout là de lPachat de copies manuscrites. En tout cas il parait bien que Paris était le grand marché des sermons. On ne put même s’en tenir toujours aux copies, el l’on fut amené au second stade, celui des impressions clandestines. Celles-ci ont une union étroite avec les simples copies ; car elles en dépendent. Les industriels qui les premiers imaginèrent, en se passant du privilège et de toute autorisation des auteurs, de multiplier par la presse des copies qui se débitaient si bien, n'avaient d'autre moyen de se procurer les sermons. Aussi les transcriptions manuscrites que J'ai nommées commerciales, copiées en toute hâte pour satisfaire un grand nombre d'acheteurs peu exigeants sur l'écriture, comme aussi les copies plus soignées des collectionneurs, ressemblent aux éditions subreptices. On ne peut douter cependant que les imprimés ne dépendent des textes manuscrits. Non-seulement des fautes de lecture prove-

L'ANPE Te AD NO

nant d’abréviations mal lues indiquent l’origine, mais un commencement de généralisation s'opère. Déjà, et c’est fâcheux, les copistes, songeant à leur public, et à ce qu'il désire, laissaient parfois tomber certaines particularités, compliments, circonstances spéciales, ete. qui ne contribuaient pas à rendre leur copie de bonne vente, les prédicateurs qui les achetaient ne se préoccupant que de l'utilité. A leur tour, pour étendre en quelque façon la portée de l’œuvre oratoire, en lui enlevant tout ce qu’elle aurait de trop restreint, les éditeurs des impressions clandestines substituent parfois un mot plus vague, une expression plus susceptible d'applications étendues, bref ils tendent à ôter tout ce qui limiterait l’usage et le débit du recueil.

Mais avant de montrer à l’œuvre les auteurs de ces premières impressions des sermons, signalons encore les notes des auditeurs faisant des £xtraits pour leur usage privé. Ce genre de transcriptions qui n’entrait pas dans le commerce et ne pouvait indisposer les auteurs, serait pour nous des plus précieux. Il s’en rencontre sans doute, mais en trop petile quantité. Ces résumés qui consistent le plus souvent en un recueil de plans, de « desseins », avec quelques passages saillants, étaient d’ordinaire l’œuvre de futurs prédicateurs, attentifs à suivre pour se former; les orateurs en renom, et à recueillir d’eux tout ce qu'ils pouvaient. On peut rapprocher de ces collections les analyses que notaient de ci de là les «bourgeois de Paris » ou les magistrats qui, rédigeant des Mémoires, prenaient soin de signaler le sermon entendu la veille. Ainsi faisait Eusèbe Renaadot dans son journal privé; - ainsi, d'Ormesson et un certain nombre d’autres, qui ont pour nous le tort de n'avoir guère entendu Bourdaloue.

1. V. Bullelin de la Sociélé de l'Histoire de Paris... 1888, p. 89. C'est le manuscrit fr. 14348. Un certain nombre de Sermons de Mascaron y sont signalés.

Mais, pour appliquer à celui-ci quelques exemples trés d’un manuscrit d'Extraits, le manuscrit Tournemeulle", voici un spécimen de fragment retenu au passage par un de ces auditeurs avides de garder le souvenir des Sermons suivis. Pourquoi faut-il que cet anonyme qui a conservé, du moins quelquefois, le nom de l’orateur dont il notait ainsi une page ou un beau mouvement, n'ait pas ajouté au discours l’indication de la date et signalé l’église dans laquelle il était prononcé? Sachons-lui gré du moins d'avoir gardé, avec sa saveur propre, tel passage de Bourdaloue, qui nous fait mieux comprendre certaines expressions de M" de Sévigné. Il est intéressant de mettre en regard les extraits recueillis, pour ainsi parler, des lèvres de Bourdaloue et les endroits parallèles reconnaissables dans l’édition officielle. Nous aurons : plus d’une fois l’occasion de faire cette comparaison. En voici une üurée du sermon sur l'Enfer, qui se rencontre au second volume du Carême. L’orateur voulait montrer « que les damnez souffrent en trois différentes manières, par le souvenir du passé, par les douleurs du présent, et par le desespoir du futur. » Or dans le second point il commençait ainsi :

Manuscrit ToURNEMEULLE Edition princeps (t. 1, p. 64).

Le prophete roy souhaittoit Un des souhaits de saint Berpour la conversion des pecheurs nard, & ce qu'il demandoit avec qu'ils descendissent de tems en plus d’ärdeur, expliquant ces tems en esprit et en pensée dans paroles du prophete, Descendant l'enfer etant persuadé que la in infernum viventes, c'estoit voie la plus sure pour n’y pas que les pecheurs descendissent tomber apres la mort, etoit d'y en esprit et par la pensée dans rentrer souuent pendant la vie l'enfer : ne doutant pas que la par des reflexions serieuses, des- veûe de cet affreux séjour & des

1. Je donnerai p. 101, tirée de ce manuscrit, une méditation prouvant que le genre homélie ou paraphrase n'était pas inconnu à Bourdaloue. Plus d'un passage d'ailleurs, mème dans les œuvres imprimées, indique qu'il prit de temps à autre cette méthode de commentaire littéral, développant un texte scripturaire. Cf. Voy. note ©, plus bas, p. 119.

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