‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 28 sur 367 · MANUSCRITES · texte numérisé non relu

MANUSCRITES

Edilion princeps.

est, & c'est ce qui le desesperoit.

Or s'il se voyoit si loin d’Abraham, il se voyoit encore, dit saint Ambroise, bien plus éloigné de Dieu : S% Abraham a longe, quanto longius a Deo; & cette separation de Dieu estoit bien encore un autre supplice pour luy.

Car qu'est-ce que d’estre separé de Dieu ? Ah! Chrestiens, quelle parole ! la comprenezvous ? Separé de Dieu, c’est à dire privé absolument de Dieu.

Separé de Dieu, c’est à dire condamné à m'avoir plus de Dieu, si ce n’est un Dieu ennemi, un Dieu vengeur. Separé de Dieu, c’est à dire décheû de tout droit à l’éternelle possession du premier de tous les estres, du plus excellent de tous les estres, du souverain estre qui est Dieu.

Peine, dit saint Bernard, qui ue se peut mesurer que sur linfinité de Dieu, puisque cette peine est la privation de Dieu mesme, & par consequent qu'elle est grande à proportion que Dieu est grand :

Haec enim tanta poena, quan- Ainsi

disoit à un juste dans l’'Ecriture

lus lle. comme Dieu Ero merces lua magna nimis, c'est moy-mesme qui seray ta récompense, et je la seray en me donnant à toy, parce que je n’ay rien de plus grand ni de meil-

1. C’est sans doute un lapsus du copiste ou un oubli de l'orateur, C'est à Abraham que la parole a été dite. Gen., xv, 1.

Manuscrit TOURNEMEULLE

parle au damné dans l'enfer, que luy dit-il ? Je seray ta peine en te separant de moy et ie seray ta grande et excessiue peine, parce que dans tous les tresors de ma fureur je n’en ay point de plus epouuantable que cette separation.…

CLANDESTINE

Édilion princeps.

leur à te donner que moy-mesme:

il pourra dire à un reprouvé, c’est moy-mesme qui seray ton supplice ; & je le serai en t'éloignant de moy, car je n'ay rien dans les trésors de ma colère de plus formidable que cet éloignement & cette entiere separation

de moy-mesme.…

Il est aisé de reconnaître dans le texte imprimé celui que débita Bourdaloue, recueilli par l'amateur d'extraits à qui nous devons cette transcription. C’est un exemple entre mille, qui nous garantit, jusqu’à un certain point, la fidélité des copistes. Il est à remarquer, en effet, que ce même sermon sur l’enfer, conservé d’ailleurs dans l’édition Bretonneau, se retrouve avec des variantes très modiques, et dans le Caréme du manuscrit Montausier (de Lyon), et dans l'édition clandestine de 1692. Il ne faut faut pas s’en étonner, car les imprimeurs qui exploitaient ainsi la «vogue » des sermons, nese pourvoyaient des textes Jalousement gardés par l’auteur, qu'à l’aide des copies manuscrites que leur presse devait multüplier à foison. Il faut étudier, en passant, ce second mode de publication frauduleuse, qui faisait sans doute le désespoir des auteurs, mais aussi peut-être la ruine ou du moins le discrédit de l’industrie des maîtres à écrire.

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