SERMON DEVANT LE NONCE VARESE
un discours très général, où probablement restent à peine quelques traces des circonstances diverses auxquelles il a pu être plus d’une fois appliqué, des arguments solides, et ne point croire la question résolue pour le sermon du 11 Juin 1677. Se contenter de ces probabilités aurait du reste l'inconvénient de dispenser de toute recherche, et lon voit qu'il en reste à faire pour qui voudra montrer Bourdaloue dans le ministère de la conduite des âmes.
Du moins avons-nous quelques données fixes sur la composition de l’auditoire. Outre la reine, revenue pour la profession, à un an de la vêture, les princesses qui l’accompagnaient avaient toutes entendu déjà Bourdaloue, la princesse de Carignan au moins à Saint-Eustache, en concurrence avec le cardinal de Bouillon. Le nonce, indiqué ici comme le prélat qui présida la prise de voile", était Varèse, envoyé par Clément X à Saint-Germain, le 22 octobre 1675?, et qui devait mourir à Paris le 4 novembre 1078 ; Sa mort, sous prétexte que le nonce lui-même n’était point exempt de la juridiction des curés, donna lieu à de regrettables conflits ; mais la Gagette a soin de n’en rien dire*.
Le cardinal d’Estrées, dont le zèle pour Louis XIV est peu suspect, avait écrit à Pompone, dès que la nonciature
1. Le sermon de vêture de Mile de Bouillon, prèché par Bossuet le 8 sept. 1660, récemment édité d'après l'autographe (Revue Bossuet,95 avril 1901, pp. 65-81), par M, l'abbé Léon Le Monnier, curé de Saint-Ferdinanddes-Ternes, avait été prêché devant les deux reines et le nonce Celio Piccolomini, archevêque de Césarée, dans la chapelle des Grandes-Carmélites : « Vous aurez cet honneur extraordinaire, disait Bossuet à la nièce de Turenne, de le recevoir (l'habit religieux) par les mains de cet illustre prélat qui représente ici par sa charge la majesté du siège apostolique et qui en soutient si bien la grandeur par ses vertus éminentes...» L. (ES p. 80.
?. Ch. Gérin, 1894, Louis XIV et Le Saint-Siège, t. 11, p. 640.
3. « Le quatrième de ce mois, écrit-elle, Monsignor Pompéo Varési, Gentilhomme Romain, Archevesque Titulaire d'Andrinople, auditeur de Rote et Nonce du Pape auprès de Sa Majesté, mourut ici après un mois de maladie. Son corps a été porté à l'Eglise de S. Sulpice, sa Parroisse, & ensuite enterré dans l'Eglise des Théatins où il avoit choisi sa sépulture.» Gazelle du 1? nov. ne 110. Gérin, ibid pp. 538 et suiv,
MORT DE LAMOIGNON ê 431
de Varèse avait été déclarée : « Vous connaissez son inclination héréditaire pour le service du roi.» Ces bonnes notes ne le préservèrent pas dans la suite des avanies qu'eut à subir de la part du roi très-chrétien, le représentant du Saint-Siège, poursuivi jusqu’après sa mort par les représailles sur l’affaire des Franchises du quartier de l’ambassade, toujours brûlante et reprise depuis 1672 !. Du moins en ces cérémonies honorifiques la cour se dédommageait-elle des tracasseries officielles et des déboires de la politique du roi à l'égard de Rome. On peut présumer que la reine en souffrait autant que de ses malheurs domesuques.
Bourdaloue, qui aura encore plus d’une fois l’occasion d’être entendu de la reine, retrouvera peut-être aussi Varèse dans son auditoire au prochain carême, à moins que, pour protester contre l’obligation qu’on lui prétendait imposer de se soumettre, lui et les siens, à la juridiction de Ja paroisse où était situé son hôtel, il ne soit abstenu à dessein de paraître aux sermons du carême de Saint- Sulpice. Mais dans le couvent de la rue du Bouloi le bruit de ces discordes ne devait point arriver.
Il en était peut-être autrement à Basville; par tempérament, par profession et traditions de famille, par ses fréquentations aussi et son entourage, Lamoignon, de son hôtel de la rue Neuve-Sainte-Catherine, comme de la campagne chantée par Boileau, suivait sans doute avec sollicitude tout ce qui concernait les conflits avec Rome. Il ne devait point voir les scènes qui signalèrent, l’année suivante, la mort du nonce Varèse. Alla-t-il une dernière fois passer à Basville la saison d’été ? Reçut-il là, en septembre ou octobre 1677, l’orateur qui s’y était reposé l’année
1. Sur l'incident du nonce Varèse et de ses funérailles, v. Ievue des questions historiques, janvier 1878. La disgrâce de M. de Pomponne, par Ch. Gérin, surtout pp. 32 et suivantes, où est relaté l'incident, et où sont citées les pièces diplomatiques qui sy rapportent.