L'ORAISON FUNÈBRE INTERDITE
silence. On lit, un an après la mort de Lamoignon, au début d’un article terminé en dithyrambe à la louange de Fléchier, un des orateurs les plus encensés de ce recueil :
Feu Mr le Premier President de Lamoignon ayant defendu par son Testament qu’on luy fist aucune Oraison Funebre, on obëit l’An passé à ses dernières volontes ; mais comme on ne scauroit faire trop de portraits des actions d’un bon juge, et que rien ne peut estre plus utile aux Magistrats & par conséquent au Public, ceux qui luy font faire ce qu’on appelle des Bouts-de-l'an, ont soin de luy rendre la justice qu’il s’est refusée !,
Un éloge éclatant et d’un brillant un peu profane, tel que la cérémonie paraissait l’exiger, eût-il été dans les goûts de notre prédicateur, à supposer qu’on lait invité? On s’explique mieux toutefois par ce détail comment, de la part de Bourdaloue, il n’y avait eu, sitôt après la mort de Lamoignon, que le très court éloge que la défense portée dans le testament ne pouvait pas interdire.
La date exacte de cette exhortation pourrait être le
1. Le Mercure continue : «Il s'en fit un au commencement de ce mois, dans l'Eglise des Mathurins qui fut un témoignage de la veneration que Messieurs de l’Université ont pour sa mémoire. Son Eloge y fut prononcé en latin & admiré de tous ceux qui l'entendirent. Mr l'Abbé Fléchier doit parier au premier jour sur ce sujet. Vous scavez qu’il a déjà fait plusieurs Oraisons Funebres, & qu’elles sont autant de chefs d'Œuvres (sic). Aussi on n’en doit rien attendre que d'achevé sur une si belle matiere. »
Le morceau d'éloquence de Fléchier ainsi promis et recommandé par le Mercure de décembre 1618, est longuement loué dans le numéro de février suivant, La cérémonie du 18 février 1679 y est longuement décrite. Nous y apprenons qu'elle eut lieu à Saint-Nicolas des Champs, par les soins de Madame de Miramion « dont la pieté exemplaire vous est connüe », dit la lettre de Visé. « Elle avoit prié Mr l'Abbé Flechier de faire | Oraison Funebre. » La lettre du mois d'avril reviendra encore sur les éloges prodigués à Fléchier à l'occasion de ce panégyrique. Il est vraiment poussé par le Mercure, qui, le mème mois, signale aussi sa Vie de Théodose. Il semble bien que Mme de Miramion‘ a fait ce choix pour aider la fortune de l'abbé Fléchier, fortement patronné par de puissants protecteurs.
* Mme de Sévigné, dans la dernière de ses lettres (de celles du moins qu'on a retrouvées), écrivait, sans aucune ironie, à propos de la maladie désespérée de Mme de Miramion : € Et pour Mme de Miramion, cette mère de l'Eglise, ce sera ure perte publique. »t. x p. 382 (lettre du 29 mars 1696, à Coulanges. On lit dans les Mémoires de Sourches, au 23 mars 1696 : « Le 23, on sut que la Veuve Miramion étoit morte, au grand regret de tout ce qu’il y avoit de gens qui connoissent sa vertu. » (Sourches, t. V, p. 122). Sur
Mne de Miramion, cf. Picot, Essai historique sur l'influence de la religion, t. u, pp. 59, T0, 246.