AUTRE COMPLIMENT A MONSIEUR
Après avoir montré dans le miracle de la multiplication des pains une des marques de la Royauté de Jésus-Christ, « si bien qu’il ne se peut rien voir de plus grand et de plus royal », l’orateur entame, à l’honneur de Monsieur,
un compliment tout à fait dans le goût de celui du 3 avril 1678 :
Parce que les Princes sont les images de Dieu, il ne me sera pas difficile, Monseigneur, de recognoistre aujourd’huy en vostre Altesse Royale une coppie illustre et acheuée d’un excellent modele ; car elle porte les traits visibles de la grandeur d’une ame qui distingue mieux vostre Altesse que tout ce qu’elle peut faire paroistre en sa cour. Cette inclination qu'elle a de faire du bien, cette générosité qui rend les princes recommandables et ce secret admirable qui gaigne l’affection des cœurs ; tout cella fait une preuue euidente et certaine de ce que Je dis, scavoir que vous estes un prince qui aues esté forme sur ce modele parfaict du premier de tous les princes qui est Jésus-Christ, mais pour ne donner pas a vostre altesse d’autres eloges, je dis que Dieu ne vous a donné ces grandes qualités que pour en faire un prince chrestien et afin que ce cœur libéral gaigne le cœur de Dieu. Voilà, Monseigneur, la première vérité que Dieu a mise à ma bouche pour la mettre dans le cœur de vostre Altesse, mais il en est un autre que je ne puis assez | faire] comprendre. Elle est tres importante, etc. 1
le Te Deum, « hymne, ajoute le Gazetier avec une ironie que. devaient punir les revers de la fin du siècle, hymne très peu souvent récitée par les Ennemis, s'ils ne sont pas assez pieux pour remercier Dieu des disgrâces. » (Gazelle du 2 avril, n° 32, p. 276). — La Rue qui heureusement n'eut point seulement des hardiesses de langage contre les partis en défaveur, devait dire à Louis XIV, à la fête de la Toussaint 1709, à un an de la perte de Lille, à propos des revers de cette campagne: « Rendez-lui gràce (à Dieu) du soin qu'il prend de suspendre le cours de ces faveurs ambigues qu'il répand à pleines mains souvent sur ses ennemis, et de vous ouvrir la route de l'heureuse immortalité par ce chemin semé de croix. » (Migne, Oraleurs sacrés, t. 28, col. 245).
1. Ms. O, fol. 104, Vient alors le sujet de l’aumône, traité comme dans les éditions au 1# vendredi de carême; il faut noter que le sermon des éditions est donné aussi comme prèché devant Monsieur, mais avec un exorde et sous un évangile différent, le sermon étant appliqué à un autre jour. Il est toutefois difficile que le compliment à Monsieur, tel que le publie Bretonneau, ne soit pas une pure retouche de celui du manuscrit et qu'il ait été donné deux fois par l'orateur sur un thème aussi uniforme. Il faut lire ce début des éditions, en regard de l'éloge, plus gauche et moins académique, de la copie qui rend un son plus réel. (Voy., éd. Bretonneau, 1707, 11, p. 142 et 143).
446 CARÊMÉ A SAINT=SULPICE
I serait aisé d'illustrer par un bon nombre de faits contemporains le sermon du 3 avril et de citer les éloges de toute sorte décernés aux faits d'armes de la campagne de 1677, rappelés dans l’exorde de Bourdaloue.
Au lieu que les « plus fameux héros », de l’antiquilé bien entendu, au dire de l’académicien Jacques Esprit,
N'alloient que pas à pas à l’immortalité, « le frère de Loüis » n’est point soumis aux lois des hommes du commun, et Dès son premier triomphe il se rend immortel.
Le prince, depuis une année, pouvait être saturé de louanges, et n’était pas encore quitte d'entendre célébrer longtemps encore cet «exploit unique du frère unique du Rob
Fatigué ou non des éloges, il ne l’était pas des sermons de Bourdaloue, puisque nous l’y reverrons au vendredi saint. Reprenons à l’aide des notes de M. Bourbon, la série des sermons de la semaine.
4 avril, lundi saint. — Le lundi 4, M. Tronson est allé voir le P. Bourdaloüe après son sermon.
8 avril, vendredi saint. — Gasette du 16 avril 1678. Le 8 de ce mois, Monsieur et Madame, avec lesquels étoit Mademoiselle, entendirent en l'Eglise de S, Sulpice, le Sermon de la Passion, qui fut prononcé par le Pere Bourdalouë, lésuite. .…
Serait-ce le sermon de la Passion déjà publié d’après le manuscrit de Grenoble, portant en tête : Monseigneur ? Il est malaisé sur cet indice de trancher la question, à supposer même qu'il fût certain que ce titre désigne bien Monsieur. Le relevé très incomplet que j'ai donné dans la préface de ce sermon publié l'an dernier ?, constatait de
l. V. au Mercure d'avril 1677 et en août 1678, p. 201, les pièces du P. Comire, sur le Jubilé de Monsieur, etla dédicace d'üne thèse ayantpour sujet la bataille de Cassel.