UNE DES (PASSIONS ) PRÊCHÉES DEVANT MONSIEUR
multiples présences de Monsieur aux sermons de la Passion prêchés par Bourdaloue. Un argument en faveur de cette année serait l’absence de compliment qui s'explique fort bien après celui du dimanche précédent. Mais c’est trop peu pour conclure que la Passion prêchée à Saint-Sulpice le 8 avril 1678 fut bien le sermon sur le texte Nos autem praedicamus Christum.... Dei virtutem et sapientiam, maintes fois répété d’ailleurs, selon toute apparence.
10 avril, fête de la Résurrection de N.-S.1 — Le dimanche 10, jour de Pasques, M. de Seignelay est allé voir M. Tronson sur les 8 heures, et après une heure environ, il est allé à l’abbaye entendre l'office et faire ses dévotions parce qu’on lui avoit dit qu'il y auroit ce jour-là bien du monde à la paroisse. Il a disné au réfectoire avec M. de Saint-Aignan, et après un peu de promenade au jardin avec M. Tronson, ils sont allés tous deux ouyr le P. Bourdaloüe à la Paroisse dans le banc de M. de Luynes.
Le lundi 11, M. le Président de Bretonvilliers est venu au séminaire sur les 10 heures pour trouver M. Tronson. Il a disné au réfectoire et s’en est allé au sermon sans pouvoir le voir.
Le mercredi, il n’est point probable qu’il y ait eu sermon, bien que la clôture du carême ne se fit que le dimanche suivant. Recueillons le témoignage de M. Bourbon qui nous montre ensemble à la table du curé de Saint- Sulpice, Bourdaloue et celui qu’on peut nommer son rival détrôné, Giroust, un de ses prédécesseurs dans la chaire de Saint-Sulpice, où 1l monta dès 1668, avant Parrivée de Bourdaloue à Paris.
Mercredy 13, M. le Curé a emmené M. Tronson disner à la communauté avec le P. Bourdaloüe auquel il donnoit à disner, et au P, Girou, aussi Jésuite qui presche à Saint-Séverin ce Caresme.
17 avril, octave de Pâques. — Le dimanche 17, M. le Président de Bretonvilliers est venu sur les 10 heures, et après avoir esté un moment avec M. Tronson, qui estoit en ce temps là à parler du Canada à M. de Casson, nous nous sommes allé promener au jardin nous deux jusques au disner, apres lequel il s'est entretenu
1. Ce jour là, nous sayons par la Gazelle que Monsieur et Madame entendirent à Saint-Eustache, leur paroisse, le sermon du P. Brossamin.
448 CARÈME A SAINT-SULPICE
avec M. Tronson. Et cependant, je suis allé à la communauté parler à M. de la Barmondière ! si je le pouvois mener à la tribune ouyr le P. Bourdaloüe, faisant instance d'y aller plustôt qu'ailleurs, et se disant estre de la maison. A quoy M. de la Barmondière n’a pas trouvé de difficulté, d'autant plus que c'estoit le dernier sermon du dit Père. Ensuite je suis venu rejoindre M. le Président, et je l'ay mené à la tribune et placé au premier rang...
Serait-ce le sermon du manuscrit de Saint-Sulpice, où se trouve un curieux compliment à Madame ? ?
Le carême de la paroisse se clôturait donc au dimanche de Quasimodo, et ce qui le confirme, c’est la visite que dès le lendemain M. Tronson rend à Bourdaloue, lequel revient le mercredi présenter ses civilités.
Luady 18 avril, à { heures, M. Tronson est sorti en carosse pour aller voir le P. Bourdaloüe auquel il a parlé un moment dans l’église (de la Maison professe) où il estoit avec une dame de condition.
Le mercredy 20°, M. Tronson a esté visité ce matin par M. l'abbé de Noailles et par le P. Bourdaloüe.
Cette mention de notre prédicateur est la dernière qui se rapporte de loin au carême prêché à Saint-Sulpice. Nous n’allons retrouver Bourdaloue qu'au commencement de juin près du lit du mort de la princesse de Monaco, la sœur du comte de Guiche, sur qui Bourdaloue pleura avec le vieux maréchal de Gramont. Gramont perdait sa fille le 4 juin 1678 ; elle précéda de bien peu son père, car lui-même mourait le 12 juillet, à Bayonne. La Gazette parle de sa longue maladie, ce qui semble indiquer qu'il n’était point près de sa fille à son lit de mort. Les anecdotes rapportées par Bussy sur les plaisanteries par lesquelles le duc aurait fait ses adieux à la mourante *, paraissent donc des bruits sans autre fondement que la
1. M. Claude Bottu de la Barmondière qui devint curé de Saint-Sulpice, était oncle de M. Bottu de Saint-Fonds dont le Ms. a été cité plus haut, p. 139 V. Bulletin trimestriel de Saint-Sulpice, 15 fév. 1900, p. 19.