BOURDALOUE ET LES GRAMONT
vraisemblance que leur reconnait M" de Sévigné. Si ses adieux à la princesse de Monaco datent du moment où, consolé assez vite du deuil de son fils, il recommençait son métier de courtisan empressé près du maître et sont, par suite, antérieurs à la lettre de Bourdaloue du 28 mai 1677, c’est assez loin du dénouement fatal pour n'avoir plus le caractère odieux qui paraît d’abord.
Bourdaloue qui, dans sa lettre, exprime l'espoir de revoir le maréchal avant le 1°” novembre suivant, ne le revit peut-être Jamais ; en {ous cas il ne put l’assister au lit de la mort. Il n’en fut pas ainsi pour M" de Monaco. I Paida à bien mourir, et il n’est pas difficile de deviner que c’est Bourdaloue qui est désigné, dans la relation du Mercure, comme l’ayant assistée en son dernier passage. La Gazette annonce sa mort arrivée au 4 juin:
De Paris, lir Iuin 1677. Le 4, Dame Catherine-Charlotte de Gramont, Princesse souveraine de Monaco & Duchesse de Valentinois, mourut icy, au Palais-Royal, agée de 39 ans, après une longue maladie où elle avoit fait voir une patience & une résignation vrayement chrestienne. Son corps fut exposé durant trois Jours sur
1. De là tombent des anecdotes ineptes qu'il faut discréditer à tout jamais.
Voici ce qu'on lit dans le Recueil d’épilaphes sérieuses, badines, ele, par M. D. L. P. Bruxelles, MDCCLxxxNH, sous l’épigraphe: evocat orco, t. 11, p. 69, après avoir donné l’épitaphe du P. Bourdaloue:
Ci git le Père Bourdaloue.
Bien bàté soit qui ne le loue.
(Anonyme)
Il ajoute :
« Il instruisoit un jour un seigneur mourant * dont la Femme étoit extremement pieuse, & lui exposait les différents articles du Credo. A chaque article, ce Seigneur se tournoit vers sa Femme & lui demandoit: Cela est-il vrai comtesse ? — Oui, oui, lui répondoit-elle. — Eh bien, ajoutoit le malade, dépéchons-nous donc de le croire. »
On ne peut accuser plus franchement ni afficher avec plus de candeur l'ignorance des anecdotiers qui ont mis en circulation cette fantaisie. Qu'on se rappelle, outre l'invraisemblance du propos, que Gramont, qui était duc et pair, et non pas comte, mourut à Bayonne, assez loin de Bourdaloue pour que celui-ci n'ait pas pu l'assister de cette façon absurde, et qu'aussi bien, sans avoir été grand clerc, le maréchal n'avait pas à apprendre au lit de mort les articles du Credo. On retrouve le même récit dans les Anecdoles lilléraires de l'abbé Raynal, 1766, t. 11, p. 324.
* Le fameux comte de Gramont. (Nole marginale.)