‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 304 sur 367 · PRÉTENDUES PLAISANTERIES DU M DE GRAMONT · texte numérisé non relu

PRÉTENDUES PLAISANTERIES DU M DE GRAMONT

Mie de Monaco se meurt; M, Brayer lui annonça il y a deux jours que le temps de la vie étoit court ; qu'il étoit obligé de l’en avertir afin d'en disposer pour l'éternité... Elle envoya quérir le P. César et se confessa fort longtemps, elle reçut Notre-Seigneur, fit son testament, et avec une fermeté admirable, ne parla plus de la mort... Elle est encore au même état et se verra mourir tout en vie, Sans perdre un moment la connoissance, Il faut bien de la constance pour soutenir si longtemps une si pénible vue ; les seuls pères de la Trappe me paraissent la pouvoir regarder de sang-froid 1,

Le 20 juin, Bussy annonce à la marquise sur la mort de M de Monaco des détails qu'il a entendu donner. Mais à en juger par le récit de M" de Sévigné, le maréchal supporta ce deuil avec une crânerie un peu soldatesque, si toutefois on n’a point tourné en plaisanterie une affectation d'assurance que ce père essaya de se donner pour répondre à la ferme attitude de la mourante.

On m'a mandé, écrit-il à Ja marquise, la mort de Me de Monaco, et que le maréchal de Gramont lui a dit, en lui disant adieu, qu'il falloit plier bagage, que le comte de Guiche étoit allé marquer les logis et qu’il les suivrait bientôt : ne trouvez-vous pas, Madame, que les plaisanteries en ces rencontres sont bien à contre-temps ? Pour moi, Je ne les saurais souffrir, et quand je les passerois à ces gens qui disent en mourant : « Tirez le rideau la farce est jouée, » et autres semblables forfanteries, toujours trouverois-je sot et cruel à une personne qui se porte bien de plaisanter avec une personne mourante, et tout à fait barbare à un père qui parle ainsi à sa fille ?,

Est-ce l'influence de la lettre de Bussy qui à (tourné » aussi M" de Sévigné; elle qui admirait dans sa lettre du 20 mai, la fermeté de M" de Monaco, et, avec une pointe d'ironie peut-être, celle de ses amies et parents, met en doute, dans sa réponse à la lettre de son cousin, la sincérilé de cette fin chrétienne qu’elle avait admirée.

Mme de Monaco, écrit-elle, est partie de ce monde avec une contri-

tion fort équivoque, et fort confondue avec la douleur d'une cruelle

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