UNE CRITIQUE DES SERMONS DE BOURDALOUE
« lettre ouverte » adressée à l’orateur durant cette stalion de 1679 et transmise par un janséniste à l’un de ses amis.
On y lit :
Je vous enuoye coppie d’vne lettre qu’on escriuit pendant le carême de 1679 au pere Bourdalouë, le grand predicateur des Jesuites :
«J’ay ouy, mon Reuerend pere, Vostre sermon d’auiourdhuy, lequel m'a puissamment touché, aussi bien que les autres que Jay ouy de vous, non seulement ce caresme, mais dans les autres églises où vous auez presché, Mais, mon R. P., permettés-moi de vous dire, s’il vous plaist, qu'il me semble, et à beaucoup d’autres comme à moy, que vos sermons seroient incomparablement plus fructueux, si vous les réduisiez au premier point que vous y traitez, pour de là passer aux affections, et finir ensuitte par les résolutions, et non pas en affoiblissant et eneruant comme vous faites ce qu'il y a de fort et de touchant dans les premiers, quoique les autres séparés du premier ne laissent pas d’avoir leur beauté particulière; mais après la force et l’energie des raisonnements qui les ont précédés, ce ne sont plus que des occasions de langueur et de refroidissement. Et St François
: de‘Sales qui sçavoit si bien la manière de traiter les cœurs, les
conduisoit par le chemin de réflexions, d’affections et de résolutions. Essayés-en, mon R Père, vous à qui toutes choses sont faciles et à qui Dieu a donné vn talent incomparable et capable de s'affranchir des usages et manières ordinaires.
Voicy encore, mon R père, vn autre sentiment plus commun à tous ceux qui vous écoutent et regardant bien plus la gloire de Dieu et la conversion des auditeurs et le salut du prochain : c’est que l'on croit qu'il est impossible que vos predications, quoiqu'admirables, puissent obtenir les bénédictions de Dieu, étant précédées par un scandale aussi horrible que ce qui se fait dans les églises où vous preschés, par le bruit et les insolences des laquais pendant le saint sacrifice de la messe, par la hardiesse qu'on se donne de monter Jusque sur les autels et les fouler aux pieds comme si c’estoient des amphithéatres préparés pour un spectacle, et par la licence que la plupart des gens qui vienent vous entendre se donnent pendant le mesme sacrifice de causer et de s’entretenir de leurs affaires, des nouvelles des jeux, des querelles, des comédies, où ils se preparent d'aller à l'issue de vostre sermon, avec si peu de retenue que l’on entend leurs laquais à la porte, qui sont d'étranges dispositions pour profiter de la parole de Dieu, sans parler d’autres étranges profanations que je sais qui s’y commettent et que lapôtre défend mesme de nommer ; et pour les empescher, il n’est rien que le zele de la