‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 323 sur 367 · LA LONGUEUR DES SERMONS · texte numérisé non relu

LA LONGUEUR DES SERMONS

déclare impossibles les sermons interminables qu'on rencontre imprimés. On imaginait donc que Bretonneau, pour fournir, sur une matière donnée, toute la doctrine de son auteur, avait cousu en une thèse unique deux ou plusieurs sermons traitant le même sujet. La raison donnée par ces criliques, arrangeurs de faits et bâtisseurs de théories, c'est que jamais n’eussent été supportables des séries aussi continues de raisonnements que les sermons actuellement conservés dans l’édition de Bourdaloue.

Il est toujours dangereux d’étayer des théories sur des raisons de convenance ou d’impossibilité. La critique de ce correspondant anonyme, avertissant charitablement Bourdaloue de modifier sa méthode, nous est un garant que les deux ou trois points farcis de raisonnements perpétuels et tendus qui sont donnés comme la manière de notre prédicateur, étaient bien dans un unique sermon, leur force même y risquant de devenir un obstacle et de lasser auditoire. En outre, ce procédé n’était sans doute pas spécial à Bourdaloue, mais probablement « dans les usages el manières ordinaires », puisque le critique, conseillant au prédicateur de léviter, lui rappelle que Dieu lui a donné un talent capable de s'affranchir de la tyrannie des habitudes reçues et qu’il peut hardiment innover.

On savait donc bien aussi, au xvne siècle, remarquer les défauts du genre, tout en accordant à Bourdaloue une supériorité incontestée, L’excellente crilique que renferme la. première partie de cet avis officieux en fait un document précieux à cet égard. Ce jugement d’un adversaire, rendu par là plus clairvoyant, confirme plutôt qu'il n'affaiblit les approbations enthousiastes, moins sûres!

1. L'engoûment de Mme de Sévigné est incontestable et la rendrait suspecte de partialité dans ses préférences : il n'en faut pas conclure que ses lettres aient «créé la tradition de la vogue de Bourdaloue ».

V. plus bas au 29 juillet 1695, à propos du dernier témoignage de la marquise sur notre prédicateur.

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