‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 324 sur 367 · LE GOUT DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE GOUT DU SIÈCLE

peut-être de M" de Sévigné. Quand celle-ci écrit: «Il m'a souvent Ôté la respiration par l’extrême attention avec laquelle on est pendu à la force et à la justesse de ses discours ;» — ce mot, on le sait, a ici son sens originel et latin de raisonnement, discursus —, elle exprime le sentiment des esprits cultivés qui jouissaient d'entendre raisonner de la sorte. «Je ne respirois, continue-t-elle, que quand 1l lui plaisoit de les finir, pour en recommencer un autre de la mème beauté 1. »

Pour elle et pour bon nombre de ses contemporains, c'était là un idéal d’éloquence religieuse, dont Bourdaloue s’approchait assez, pour être proclamé «le grand Pan.» Ce serait selon cet élément du discours tel qu'il se retrouve dans les sermons de Mascaron et même de Bossuet, dans ce que La Rue et Gaillard, Desmares et Le Tourneux, La Tour et M. le coadjuteur d'Arles avaient nécessairement de plus ou moins semblable à ce type, qu’on les jugeait excellents prédicateurs. Notre épistolier cité par la Gazette janséniste a rencontré plus juste en signalant la fatigante monotonie, la sécheresse, et surtout — son observation ne manque pas de finesse — leffet affaiblissant de cette continuité de la force. Tant de raisons accumulées durant trois parties, dont chacune prise isolément est des plus puissantes, mais qui se font tort, épuisaient par la satiété et la durée, une émotion tout d’abord excitée, puis accablée.

La critique de notre Janséniste serait donc pleinement justifiée et il était bien venu à se plaindre que durant une heure d'horloge l'auditoire eût à suivre ces «discours » qui ravissaient d’aise la grande marquise occupée à « juger des beaux sermons. » Mais ce qui était le « beau » au regard de ces auditrices venues comme à un spectacle, « au hasard de la presse, » trouver les places arrêtées depuis la veille par leur laquais, pour y entendre à nouveau

{. Nous verrons, à l'année où ces paroles ont été écrites, qu'elles ne sont pas un éloge négligeable. V. plus bas, en 1086.

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