LA « L IDÉE DU SERMON AU XVII SIÈCLE
ration de tous ceux qui l’entendirent. C’estoient la plüpart Juges fort intelligens. » On pourrait répondre : tant pis, car l'intelligence ne préserve guère de grosses sottises. Mais il est certain que tous n’en jugeaient point de la sorte en ce siècle,
Pour juger de ce que l'esprit public pensait du sermon, ces traits suffisent et la présence de la reine à ces exercices de prétendue éloquence chrétienne nous peut édifier sur la question. Rien de plus facile du reste que de mulüplier les traits analogues, par exemple tel panégyrique de saint Louis, dont l’auteur, fier sans doute de son habileté, puisqu'il en donne communication au Mercure, avait fait entrer dans son panégyrique «€ toutes les paroles mémorables » dites par Louis XIV, rattachées sans doute à son sujet, en ce que le roi régnant était le petit-fils de saint Louis !. Mais à quoi bon accumuler des traits qui ne sont
collège de Harcourt l’avoient prié de prescher sur telle matiere que trois
. diverses personnes choisiroient sur le champ. » La lettre du rapporteur à gage énumère les t:xtes proposés, véritables énigines tirées du psaume 67, celui qu'on a surnommé {ormenlum inlerpreltum, et il ajoüte: «Ces trois textes luy ayant été donnés, la Compagnie le pria de les appliquer à la justice de Dieu, chaque texte devant faire une partie de son Discours : a quoi il réussit admirablement en la présence d’un grand nombre de Prélats, de Docteurs & d'autres Personnes trés considérables, »
Le Mercure qui ne nous dit pas où fut donnée cette séance d'improvisation ni dans quelle église eut livu ce spectacle tout profane, raconte une autre « épreuve » subie devant la maréchale d'Estrées, quelques jours après (suit l'énumération des textes), le tout applicable à l'humilité. «M. Esguisier, poursuit-il... laissa tous les Auditeurs charmez du bel ordre qu'il suivit dans la liaison qu'il leur donna. »
On peut mettre en doute la véracité du dernier trait ou l’attribuer à la grande complaisance du journaliste.
1. Mercure galant, Septembre 1695. « Depuis la naissance du Roy, arrivée à Saint Germain en Laye le 5 septembre 1638, il se fait tous les ans à pareil jour une feste solennelle dans cette Ville, où aprés les Vespres, on prononce un Panegyrique à la louange de Sa Majesté...
Mercure galant, septembre 1699. Messieurs les Officiers du Regiment du Roy qui campe à Marly, célebrèrent la feste de S. Louis dans la Chapelle du Çamp. (L'office est célébré par les récollets). Le pe Eloy (du même ordre) prononça le panégyrique... Il « rapporta sur la fin de son Sermon, toutes les paroles remarquables du Roy, comme autant de sentences prononcées par ce Prince depuis l'âge de treize ans dans toutes les occasions les plus importantes, ce qui parut très beau el très curieux. »