FAIBLESSE DES ( AUTORITÉS } ALLÉGUÉES
cateurs des carêmes royaux. Or quoi de plus naturel que de voir Bourdaloue invité une année à Rouen, et les deux suivantes dans les chaires de Saint-Sulpice et de Saint- Jacques de la Boucherie. À ce compte il faudrait expliquer par des mécontentements de la cour toutes les interruptions dans les stations au Louvre. Il n’est au contraire qu'exceptionnel que les stations du même orateur soient si voisines, bien loin qu'il soit inouï d’y rencontrer des intervalles de trois ou quatre années. Sans avoir encouru jamais de blâme, Bossuet prêcha les carêmes de 166», 1666, et une partie de celui de 1681; qui cherchera des motifs à ces longs intervalles ne les trouvera pas dans des hardiesses déplacées.
Il faut regretter surtout que le P. Cahier ait été satisfait à si bon compte par les témoignages qu’il invoque. Ni Oroux, ni surtout Anqueül, autorités d’ailleurs très faibles, ne légitiment la conclusion qu’il a tirée de leurs ouvrages ?. C'était surtout jouer de malheur que citer la préface des sermons de La Rue. Le mot invoqué est à connaître, mais 1l faut le restituer au prédicateur que désignait La Rue et ce n’était point Bourdaloue. Dans léloge de la piété de Louis XIV et pour montrer que, « durant huit ou neuf (sic) carêmes ou avents » prêchés à la cour par lui-même sans € avoir Jamais flatté le vice, ni dissimulé la sévérité des devoirs de la vertu, ....le courage de lorateur était bien soutenu par la présence du grand roi...» La Rue écrit :
Le sèle d’un prédicaleur des plus remommés de France et des plus dignes de sa répultalion, l'ayant porté à traiter une matière que la considération de la jeunesse du roi et d’une cour alors dans les plaisirs auraient dû lui faire éviter, s'il eût suivi les règles de la prudence ordinaire, on en fut alarmé jusqu'à faire craindre à l’orateur l’indignation du monârque, Le roi ne l’ignora pas, mais
1. Pour qu'on eu juge, je cite aux notes justificatives du livre 11, note d, les textes d'Oroux et d'Anquetil, après celui de la Beaumelle, unique source d'Oroux, à ce qu'il semble.
le prédicateur s'étant présenté devant lui, sa religion le prévint : bien loin de lui en marquer le moindre ressentiment il le remercia du soin qu'il prenait de son salut, lui recommanda d’avoir toujours le même zèle à prêcher la vérité, et de l’aider par ses prières à obtenir bientôt de Dieu la victoire de ses passions,
Evidemment en face des mots un prédicateur des plus renommés de France, le P. Cahier ne s’est point même demandé s’il pouvait être question d’un autre que de Bourdaloue. Lui seul à ses yeux pouvail être ainsi désigné et la périphrase a valu pour lui un nom propre, fortifiant d'autant un siège déjà bien avancé. La position n’en est pas plus tenable. C’est à Mascaron, durant son carème de 1669 qu'il faudrait, suivant Mgr Blampignon, rapporter le témoignage de La Rue. Bien que le fait vaille la peine d’une discussion, ce n’en est point le lieu. Nous pouvons l’admettre sous bénéfice d'inventaire. Encore faut-il citer la page incriminée alors par les courtisans et que Mgr Blampignon nous a donnée d’après les notes du P. Bougerel. On y verra combien est voilée l’allusion à Nathan qui fut tenue pour un trait de hardiesse ; quel degré par suite de vraisemblance il faut accorder aux divers récits qui touchent de près ou de loin au Tu es ille oir.
Les grands et les rois de la terre entendent rarement la vérité. Comme on veut les convertir et non pas les aigrir, et que la même Ecriture qui nous ordonne d'annoncer la vérité devant les princes de la terre nous commande aussi de les ménager ; que Nathan, ayant à faire connaître à David son adultère et son homicide, prit des biais et des chemins par où l'Esprit de Dieu le mena : que tout cela fait que la vérité ne se montre à eux qu'avec un ménagement dont il faut que les grands s'aperçoivent, et pour expliquer cela par les termes du grand saint Bernard, écrivant au souverain pontife ces livres si sages et si hardis qu'il a intitulés De /a considération, il vaut mieux, dit-il, prêcher devant les grands avec un peu de timidité qu'avec trop de témérité : miht lutius judico apud majeslalem limiditate quam lemerilale periclilari : mais aussi, si le respect que J'ai pour vous fait que je ne vous dis la vérité que sous des enveloppes, que je vous la mets dans des Jours plus enfoncés, il faut que vous ayez plus de pénétration que je n'ai de hardiesse ; que vous entendiez plus que je