‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 336 sur 367 · LA PART DE MASCARON · texte numérisé non relu

LA PART DE MASCARON

ne vous dis, et que vous compreniez que ne vous disant rien, je ne laisse pas de vous dire ce que vous ne voudriez pas qu'on vous dit. Decet te scilicet abundantiorem quam me audaciorem esse. C’est à dire, messieurs, qu'il en est de la parole de Dieu à l'égard des grands comme d’une fenêtre qu'on leur ouvre : la vue ne s'arrête pas à l'objet le plus proche que cette fenêtre leur présente, elle va plus loin et se porte à l’extrémité de l’horizon. De même il faut, messieurs ; que les grands entendent plus de choses qu’on ne leur en dit, en voient plus qu’on ne leur en montre, en découvrent plus qu'on ne leur en présent. Que si, avec tous ces soins, toutes ces précautions et tous ces ménagements, la vérité ne peut plaire, craignez, messieurs ; que cette parole ne vous soit ôtée ; craignez que Jésus-Christ ne venge cette parole méprisée.... 1

Cet exorde du sermon de la parole de Dieu, déjà cité dans le beau livre l’Oratoire de France au XVII: et au XIX- siècle que S. E. le cardinal Perraud publiait il y a près de quarante ans, donne fort bien la note et le ton que comportaient les audaces apostoliques à la cour du grand roi. Il est inutile de faire remarquer combien la .date de 1669 concorde mieux avec les paroles de La Rue que celle de 1676 ou des années suivantes, bien que le roi, plus âgé de dix ans, n’en fût guère assagi. Il importe davantage de se demander comiment le fameux texte Loquebar de testimontis tuis in conspectu requm, Si aisé du reste à prêter indistinctement aux prédicateurs de la cour, s’est trouvé appliqué à Mascaron, avant d’orner le portrait de Bourdaloue. Mgr Blampignon citant la préface où La Rue célébrait ce trait « de zèle peu conforme aux règles de la prudence humaine », ajoute, après les paroles de Louis XIV, cette réflexion qui semble continuer les paroles de La Rue, mais que je cherche en vain dans celte préface :

On ne sait ce que lon doit le plus admirer ici, de la droiture du roi ou de celle de son prédicateur à qui on appliqua dès lors dans Paris ces paroles du prophète : Loquebar de teslimontis tuis in conspeclu requm el non confundebar.

1. Correspondint, 10 mai 1870, p. dif, et Æludes criliques, 1897, p. 363.

La première biographie de Mascaron, par le P. Bordes, parue en tête de ses Oraisons funèbres, sitôt après sa mort, fait une allusion évidente et au sermon sur la parole de Dieu, qu'il place en effet au second carême, et aux applications du Zoquebar.. qui en découlèrent.

Dés le second carême, lit-on dans cette Vire de Messire Jules Mascaron, il prit ce tour si particulier, si ingénieux, si nécessaire pour la morale de la Cour, dont personne n'avoit encore donné l'exemple et que les plus habiles ont fait gloire d’imiter. I! ne dissimuloit point les veritez ; mais il les annoncoit avec toutes les mesures de respect et de circonspection que doivent garder ceux qui parlent devant des Têtes couronnées. Il avoit appris des Pères de l'Eglise que les oreilles des grands sont délicates, & qu’elles entendent à demi-mot ce qu’on n'ose pas ouvertement leur dire. Il suivit cette maxime un Premier Dimanche de Carème, où après avoir rapporté de l’Ecriture sainte et de Histoire de l'Eglise les Exemples les plus pathétiqnes, avec autant de force que d'adresse, il osa ajouter ces paroles du Sauveur : 87 male locutus sum, testimonium perhibe de malo: si j'ay mal parlé, rendez-en témoignage... Le Roy, dont les paroles sont aussi remarquables que les actions sont éclatantes, prit la défense de son Prédicateur, & dit à ceux qui lui portoient envie : {la fait son devoir, c'est à nous à faire le nôtre. L’orateur continua depuis avec la même sagesse et la même liberté : ce qui lui fit appliquer les paroles du Prophète : Loguebar de testimoniis luis in conspectu requm el non confundebar.

Il ne serait pas impossible, que l’application de ce texte faite à Mascaron (après bien d’autres, apparemment), puis à Bourdaloue par les graveurs qui inscrivirent cette devise au bas de son portrait, ait, été pour quelque chose dans la confusion des anecdotes de «Nathan à David.» Sur cette donnée, rien n'était plus facile que de broder une série de traits à effet, Les anecdotiers ne s’en sont point fait faute, et comme Bourdaloue passa vite pour parler librement même à la cour, du vice impur qu'il poursuit comme « la peste de son siècle », comme il était public qu'ilne dissimulait aucune vérité, ce qu'il avait de commun avec bien d’autres prédicateurs, Mascaron ! notamment,

1. On se rappelle sa définition des conquérants, qui en 1675, déplut au maitre. V. plus haut, p. 383.

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