‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 337 sur 367 · FORMATION DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

FORMATION DE LA LÉGENDE

On aura, suivant le procédé de la légende en formation, groupé et grossi au profit de Bourdaloue tous les multiples et minimes faits d’audace apostolique, résumés comme en un fait type, dans l’histoire du Tu es ille wir. Fait significatif, à cette aventure diversement présentée se rattache presque toujours le souvenir du loquebar in conspeclu regum. C’est d’ailleurs assez naturel, mais cela doit inquiéter déjà pour la réalité du fait, à la fois divers et uniforme, semblable ‘en cela à l'aventure de la révélation subite et fortuite de Bourdaloue et de Suffren prédicateurs !. Exemple :

On dit encore que prechant une autre fois sur ce texte de PEvangile non licet tibi habere uxorem fralris tai, 1 dit des choses très vives qu’il conclut par ces paroles : Loquebar de testimontis luis in conspectu requm et non confundebar. Ce sermon fit impression sur l'esprit du roi qui envoya Me de Montespan à Gentilly; et le lendemain, le P. Bourdaloue ayant paru, le roi lui dit : Père, vous serez content ; Me de Montespan est à Gentilly. Sire, répondit-il, je serais bien plus content si Gentilly était à quarante lieues de Paris.

Dans ce nouvel extrait du manuscrit de Bottu de Saint-Fonts, on reconnaît une variante dela retraite de Clagny, déjà touchée à l’occasion des jubilés de 1675 et 16767. La première partie, par contre faisaitrèver au sermon sur l’Adultère* dont il sera question tout à l'heure, d’après un témoignage de M" de Sévigné. Feugère y voyait un exemple de sermon perdu; d’autres prenaient texte de la même lettre de la marquise, pour assigner au carême de 1680 le sermon sur l’Impureté. De tant de témoignages disparates et tendant toutefois à constater « l'audace du prédicateur », ilest un autre résultat à urer, c’est de nous demander à quel point sont recevables des récits comme le Zu es ille wir ou la comparaison

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2. V.plus haut, p. 377, 383, 395-398. Cf. plus bas, 29 mars 1680 et note d du livre 111.

3 V. plus bas, au 24 mars 1650.

détaillée avec Salomon et aussi ce que les contemporains de Bourdaloue entendaient par des « sermons d’une force à faire trembler les courtisans!. » Quand on rapproche de l’émotion produite par le sermon de Mascaron sur la parole de Dieu en 1669, le texte que nous a conservé le P. Bougerel, on se prend à douter de la possibilité même du Zu es ille vir. Ajoutez que si pareil «scandale » s'était prodait, il est impossible que la correspondance du temps, les mémoires, gazettes à la main, etc., ne s’en soient pas saisis. Or ce silence universel, argument négatif qu'on a opposé déjà, non sans raison, aux témoins ou anecdotiers venus trop tard pour raconter l’aventure, serait à lui seul plus invraisemblable que « lPaudace » de l’orateur qui eût, même en latin, pris à partie le grand roi, pour lui faire baisser la tête et « descendre le menton de ce perchoir », où Chevalier, comme s’il avait vu ou lu un auteur contemporain, nous le représente, appuyé sur le pommeau de sa canne: De telles scènes ressemblent fort à de la haute fantaisie du roman historique. Il faut laisser Sandras de Courtilz, Dumas, Arsène Houssaye, arranger leurs personnages, ainsi que Duclos retouchait Saint- Simon ?.

Veut-on un trait encore, bien qu'il soit de beaucoup postérieur, nous montrer à quel degré étaient épiés et interprétés les sermons des orateurs de la cour et par conséquent combien incroyables les «apostrophes au roi » qui n’eussent pas été à le louer? Voici ce qu’écrivait, annaliste bien informé, ayant pris le loisir de contrôler ses dires, le P. Léonard deSainte-Catherine, à propos du carême à la cour, prêché en 1703, par le P. Lombard, Jésuite * :

LV plus-haut, p.373. 2. Sainte-Beuve. Causeries, t. 1x, pp. 204-245. V. l'exemple de la p. 242.

3. Cest à l'avent de 1696 que Lombard parut pour la première fois à la cour. Sourches fait son éloge en ces termes : « 1e novembre 1696 : L'après dinée, il (le roi) entendit le sermon du

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