‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 339 sur 367 · UNE SOURCE CONTEMPORAINE PEU PROBABLE · texte numérisé non relu

UNE SOURCE CONTEMPORAINE PEU PROBABLE

dimanche du premier avent : «Sire, c’est une réflexion bien Judicieuse de saint Grégoire de Nazianse que le terme de majesté, etc.» Par malheur, dès lentrée en matière!, la division même et le sujet changent dans les diverses copies. Celles-ci, — je parle de celles que j'ai pu voir, car il en est bien d’autres, — passent, après l’exorde, au sujet qu'on rencontre imprimé dans le xxiv® dimanche après la Pentecôte*?.

L'édition subreptice, au contraire, sauf dans la seconde partie qui montre l’équité inflexible du jugement de Dieu, opposée à nos délicatesses et ménagements, traite, non plus comme les copies ou comme la dominicale, de la vérité du jugement de Dieu, mais « des raisons qu'il aura de se satisfaire par lPexercice de sa justice ou de sa vengeance. »

Les copies des recueils Phelipeaux et Montausier, qui ont ainsi dévié, après leur exorde commun avec celui de l'édition de 1692, suivent d'assez près la dominicale imprimée pour donner confiance et autoriser du coup, d’après la seconde partie, pleinement en parenté avec elles, le texte de notre subreptice. Celui-ci nous offre un arrangement fait par l’orateur ; une de ses reprises d’un sermon sur le Jugement maintes fois répété, passant des avents aux carêmes ou aux dominicales suivant les besoins de la prédication. Peut-être le manuscrit déjà cité * comme renfermant le sermon probablement donné à Saint-Eustache le 20 février 1673, confirme-t-il le texte de ma première édition clandestine. Je n’en ai sous les yeux que l’exorde, conforme, bien que plus bref, et la péroraison qui diffère et nous offre ainsi un texte d’un caractère à part. Il est

1. C'est celle qui a été retouchée, comme nous l’avons vu, p. 166, dans la seconde édition, mettant en scène le roi Agricola.

2. T. xr, p. 90: Comme il n'y a que Dieu qui soit absolument ce qu'il ester :

3, Ms. K, Fr. 9637. V. plus haut, pp. xxxI et 367.

impossible, d’ailleurs, qu'il ne se retrouve point quelque texte manuscrit pleinement conforme à celui de la pseudoédition Cramoisy.

En attendant, suffisamment authentique pour être invoquée en témoignage, cette édition nous présente le passage qui, peut-être (par suite, à mon avis, d’une interprétalion erronée), aurait servi de base à l’anecdote, construite par La Beaumelle, et mise en circulation par Irailh. Elle me semble ne pouvoir s'appuyer légitimement sur le passage qu'on va lire !:

Je ne m'étonne pas si le Prophète roi lui disoit, dans l’'emportement de son zèle: Æxsurge, Domine, iudica causam luam... Car en vérité, les hommes sur lesquels vous vous dechargez de vos intérêts vous traitent trop mal. Quand il s’agit de se venger eux-mesmes, de se faire rendre justice, ils ne sont que trop severes ?, mais quand il n’y a que vous d’intéressé dans le crime, il n'y a rien de plus indifférent et de plus languisant qu'eux, & pour ne rien dissimuler en ce rencontre, je vous dirai en passant que je ne m'étonne pas que le Prophete entra dans ce sentiment, sachant bien par sa propre expérience, combien l’homme est zelé de se vanger de ceux qui l'ont offensé, et au contraire, combien il est malade (sic) et languissant quand il s'agit de satisfaire à Dieu pour ses propres péchés, Lorsque Nathan eut représenté à David l'injustice de celui qui avoit épargné ses propres brebis, pour ravir celle de son voisin qui n’avoit que celle-là, aussitôt il le condamna à mort, parce que d’abord il ne pensoit pas que ce fut de lui dont il s'agissoit, mais quand Nathan lui eût dit: « Sire, c’est de vous que je parle ; vous savez ce que vous avez fait à l'endroit de la femme du pauvre Urie : Tu es tlle vir; alors il ne prononça plus d'arret de mort sur lui, & il eut recours à la miséricorde, & se contenta de dire : Peccavi… »

1. L'orateur veut montrer (par des raisons que l'on retrouve dans le sermon sur le Jugement dernier, au second Avent, dans l'édition officielle), que Dieu, après avoir remis sa cause aux hommes, au risque de les voir peu zélés pour ses intérêts, doit avoir « son jour » pour juger luimême, en rigueur, ce qui a été négligemment traité par les hommes. Il prouve, par un trait d'observation, confirmé par l'épisode de David interpellé par Nathan, l'indifférence des hommes à sauvegarder les intérêts d'autrui, par suite ceux de Dieu.

2. Le sermon sur la Sévérilé évangélique (second Avent, p. 452), pose

fort bien le problème et établit la conciliation de Ja sévérité et de la douceur.

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