Migne, ibid , col
un discours ; qu'il vienne à paroitre ridicule & à faire pitié, à ceux qui n'ont pû l'entendre sans en être édifiez et touchez.
C'est ce qui arrive dans ces Recueils, & surtout dans celui-ci. Le Public est trop éclairé pour imputer aux Auteurs pretendus, des Ouvrages si éloignez de la qualité de ceux qui sont sortis de leur bouche ; & le jugement qu'il fera de ces fades Editions les vangera de l'injure qu'on leur fait, & même à toute la Nation, lorsque l’on debite aux Etrangers, comme des modeles d'Eloquence qui ont mérité l'attention de Paris & de la Cour, des productions informes & mionstrueuses, qui ne méritent que le mépris des gens de bon sens, et l’indignation des personnes de piété.
Le seul fruit que ce desordre peut produire, c’est qu’il portera les Auteurs à donner plutôt au Public leurs veritables Sermons f.
Le directeur du Journal des Savants n'avait pas eu sans doute.le souci de rédiger lui-même cette protestation, à moins dé prétendre que la ressemblance de cet article avec certaines phrases (soulignées par moi) de la préface de l’édition de 1719, tient à ce que le P. La Rue, pour rédiger cette préface, avait relu cet ancien compte rendu du Journal des Savants. Plus probablement l’orateur avait très directement Qinspiré », en 1706, le désaveu dont les expressions lui reviennent si naturellement sous la plume. Est-ce par une coïncidence fortuite qu'on lit dans cette préface :
La plupart des desseins sont mal exposés, les preuves tronquées et confondues, le style partout corrompu par des tours froids et grossiers, par des expressions puériles et rampantes.
I n’est pas jusqu'aux mots QC quelques libraires qui... trafiquent à leur profit de la réputation des prédicateurs », qui ne se retrouvent dans les deux morceaux. Mais l’insistance de l’article du Journal à solidariser la cause de La Rue avec celle de Massillon suffirait presque à indiquer la main de l’auteur dans Particle écrit en sa faveur.
Qu'il soit où non dù à la même plume, ce double procès fait aux éditions clandestines démontre à merveille et avec
l. Ed. d'Amsterdam, pp. 123-124.
une vigueur convaincue, les divers inconvénients de ces sortes de publications. Plus tard, il faudra discuter en détail ces griefs, même pour en rabattre, ou pour faire mieux connaître le sentiment des orateurs sur la façon dont leurs sermons étaient livrés au public. Mais avant de voir comment les auteurs qui imprimaient leurs discours, ou les éditeurs officiellement chargés des publications, entendaient leur rôle, il est bon de contrôler sommairement les affirmations un peu intéressées de Fléchier, La Rue et Bourdaloue, contestant aux copistes toute espèce de fidélité.
L’accusation est grave, et si nous voulons faire fond sur les copies, mises en cause avec les éditions clandestines qui en proviennent, il est important de la regarder de près. Les scribes qui faisaient métier de recueillir et de répandre les sermons des orateurs sont donc formellement taxés d’infidélité. Qu'en est-il au vrai, et faut-il croire qu'ils aient prêté aux prédicateurs une foule de phrases que ceux-ci n'auraient Jamais dites, et de leur pure invenuon ? Nous avons vu la préface de Fléchier linsinuer clairement. La Rue estau moins aussi dur dans son réquisitoire contre l’édition de ses sermons donnée à Trévoux ; ses reproches retomberaient surtout sur les copistes :
On ne peut dire en effet, écrit-il, de combien d’ignorances, d’absurdités, de sentiments téméraires, et même erronés, cette édition est remplie. La plupart des desseins sont mal exposés, les preuves tronquées, etc... A peine y a-t-1l quatre ou cinq discours où Je puisse me reconnaître sans rougir. Îl y en a même douze entiers où je n'ai pas la moindre part, non pas même dans le dessein !.
De ces sermons attribués à tort, La Rue a donné la liste en tête de son édition de 1719, et Migne aurait bien dû la reproduire. C’est du reste un fait facile à constater que cette introduction dans les recueils, de sermons appartenant à des auteurs différents, et mis cependant sous le nom plus en vogue d’un orateur unique. Les