‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 353 sur 367 · COMPLIMENT SUR LA PAIX DE NIMÈGUE · texte numérisé non relu

COMPLIMENT SUR LA PAIX DE NIMÈGUE

ambition qui fust jamais ; mais, Sire, il faut bien qu'il en couste davantage à V. M. 1.

Il faut, Sire, que cette gloire à laquelle tant de choses ont esté sacrifiées, soit sacrifiée à son tour au Dieu qui vous fait regner avec tant de gloire & tant de bonheur. C’est un roi saint & un roi conquerant qui vous fait cette leçon par des paroles que le S. Esprit semble n'avoir dictes que pour V. M. Le Seigneur, a dit le prophete David, a étably sur la terre une paix profonde, € il a eloigné s1 loin la guerre, que nous n’en entendons presque plus le bruit ny le nom. Auferens bella usque ad finem Terrae. 1] a dissipé vos Ennemis, il a confondu leur sagesse ; il leur à osté le cœur & la force ; il a rompu leur union ; il a brisé l'Arc et mis en pieces les Armes entre les mains de V.M. en luy inspirant le génereux dessein de se desarmer Elle mesme. Arcum conteretet confringet Arma.Na reduit en cendres les boucliers de tant d'Ennemis. #{ scuta comburet igni. Quel doit donc estre le fruit de ces merveilles de Guerre qui ont produit le miracle de la Paix ? Le voicy, Sire, marqué par le doigt de Dieu dans ces belles paroles : Vacate & videte quoniam ego sum Deus. Reposez vous, Grand Roy, & employez ce glorieux repos à considérer que le Seigneur est vostre Dieu, que c’est à luy que vous devez toutes vos victoires, & le grand ouvrage de la Paix, & que quand il ne meriteroit pas votre amour & tous vos respects par sa grandeur, il meriteroit toute vostre reconnoissance par ses bienfaits. En effet, Sire, il importeroit peu devant Dieu que la paix succedast à la guerre, si la Paix devoit estre plus criminelle par les delices, & par Poubly du Seigneur, que la Guerre ne l’est ordinairement par les violences et par les desordres qu’elle entraisne, C’est durant cette Paix que V. M. doit s'appliquer à faire regner Dieu sur vos Peuples & sur Vous mesme, & à luy sacrifier des Ennemis invisibles plus dangereux & plus opiniastres que tous ceux que vous venez de

vaincre. La Terre, Sire, a eu des applaudissements & des festes. .. ?

Cependant le sujet n’élait point tellement usé que Bourdaloue ne püt le reprendre au début de son carême. Il y ajoute l'éloge des déclarations destinées à contenir

1. Ce passage: A ne considérer, etc., n'est pas cité par les auteurs rapportés plus haut. Ce qui suit a été conservé, sauf minimes variantes, par les auteurs cités. Après les mots : et que la raison mesme ne connoist pas, on lit: Il faut, Sire, etc.

2. V. le reste dans les auteurs mentionnés. On avouera que ces passages méritaient d’être conservés et demandent à être plus connus. Mercure galant, pp. 8-19.

510 OUVERTURE DU CARÈÊME

l’hérésie dans la limite de l’édit de Nantes, à la révocation duquel ce sermon est certainement antérieur et sa phrase, bien qu’elle s'applique à merveille à l’année 1682, où commencèrent activement les mesures préparatoires à la révocation, se vérifie dès le 2 février 1680. C’est au 6 novembre 1679 que fut promulgué l’édit intitulé Arrest et déclarations servant de reglement contre ceux de la R. P. R. (Religion prétendue réformée), touchant les Offices, les Employs, & les Maistrises.

Mais il n’est pas, comme je le disais, jusqu’à l’exorde même de ce sermon imprimé au second volume des Mystères, qui ne garde des traces où lon pourrait reconnaître avec vraisemblance la date de 1680, beaucoup mieux à Coup sûr que celle de 1674, assignée par Lauras.

Faites-nous bien comprendre, dit l’orateur, que sans cette loy il n'y a dans nous que corruption & que désordre : en sorte que du moment que nous sortons hors des bornes de cette loy, nous devenons incapables de tout bien & déterminez à tout mal. Tant de crimes qui se commettent tous les jours, & que je puis appeler les abominations & les horreurs de notre siecle, en sont une preuve visible : mais peut-estre l’endurcissement de nos cœurs feroit-il

perdre à cette preuve toute sa force, si les lumieres de vostre grace ne venoient au secours de nos reflexions... (T.vi, p. 138.)

Si générale que puisse être et apphicable au siècle tout en enter, une allusion à de graves désordres, elle me semble plus efficace, pour assigner à l’année 1680 cet exorde du discours, que la phrase : «Je ne vous demande pas mesmes, Ô mon Dieu, comme la vertueuse Esther que mes paroles luy plaisent (au roi)...» Le P. Lauras se contente vraiment à trop peu de frais en voyant dans les mots comme la vertueuse Esther, un appel au cœur de l'époux infidèle !,

Bien habile et bien heureux d’ailleurs qui pourra dater un sermon entier à l’aide des seules allusions historiques,

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