‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 36 sur 367 · P. ...ils ne reçoivent que des flatteries · texte numérisé non relu

P. ...ils ne reçoivent que des flatteries

Manuscrit de Grenoble.

tions, des applaudissemens dans leurs entreprises et mesmes dans leurs vices. Ils n’ont que des !

mauuais conseils, des corrections lasches et condescendantes. On irrite leur ambition par les loüanges qu’on leur donne: on excite leur auarice par des droits pretendus ; passions par des pretextes supposez; on leur cache la vérité

on. nourit leurs

de peur qu'elle ? leur paroisse comme elle est, on met un voile sur leurs vices de peur qu'ils ne leur deplaisent, et on leur deguise les vertus afin de leur ‘faire croire qu’ils les pratiquent en suivant leur humeur, leur amour-propre, leur caprice. En un mot tout ce qu’on leur dit n'est que pour flatter leur vanité, entretenir leur ambition, exciter leurs passions et dresser 4 des pieges à leur innocence.

Mais quand le coeur des Rois est entre les mains de Dieu, il les forme sur le modele de sa Justice, de sa sagesse et de sa sainteté. Il leur fait craindre ses diuins jugemens pour regner en eux et par eux 5 sur les esprits

des hommes, Cor regis in manu Dei.

MIGNE, t. xxXIIL, col. 728.

le mauvais exemple les entraîne, la diversité des affaires les dissipe. On surprend leur crédulité par des apparences de bonne foi, on réveille leur ambition par des intérêts supposés, on nourrit leurs défauts par des complaisances affectées, on prend des tours ingénieux pour donner du relief à certains accommodements de vertu qui n'ont rien de grand ni de solide, on a des voiles toujours prêts à jeter sur la vérité de peur qu’elle ne leur plaise trop ou qu’elle ne leur déplaise. Enfin tout ce qu'ils voient, tout ce qu'ils entendent, c'estautant d'amusements donnés à leur vanité, ou de pièges qu’on tend à leur innocence.

Mais lorsque le cœur des rois est dans les mains de Dieu et que, par sa miséricorde, il les tourne à sa religion et à sa Justice en leur donnant des inclinations bonnes et bienfaisantes, il s’en sert comme d’un noble et glorieux instrument pour faire admirer sa puissance, pour faire craindre ses jugements, pour faire observer sa sainte loi, pour

P. ...1ls n'ont que de mauvais conseils...

P. ...de peur qu'elle ne leur paroisse...

. P. ...leur amout-propre et leur caprice...

P. ...et pour dresser des pièges...

P. ...pour régner en eux et sur les esprits des hommes...

Manuscrit de Grenoble.

Tel fut le grand St Loüis, qu'il preuint dès le premier usage de sa raison des bénédictions des douceurs ! par lesquelles il sembie vouloir se haster de posséder ? les ames d'élite, sur lesquelles il a des desseins extraordinaires. Il jetta dans son âme toutes les semences des vertus chrétiennes, il le soutint dans les trauaux de la guerre, 1l le conserua dans la paix et le couronna dans les tribulations 3.

Si j'avois à faire l’éloge d’un Prince dela terre, j'aurois recours à l’art qui enseigne à louer de bonne grace, mais aiant à parler d’un Roy tout dégagé du monde et tout plein de l'esprit de Dieu, je n'ay besoin que du secours de ce mesme esprit # que j'invoque

MIGNE, t. XXxIII, Col. 728.

répandre ses miséricordes, pour représenter sa sainteté et pour régner par eux sur l'esprit et sur le cœur des autres hommes.

Tel fut le grand saint Louis dont l'Eglise célèbre aujourd'hui la mémoire. Dieu le prévint de ces bénédictions de-douceur par lesquelles il se hâte, pour ainsi dire, d'entrer en possession de ses élus. Il lui donna un de ces naturels heureux qui sont faits pour la vertu et qui semblent être la vertu même. Il permit qu'une sainte éducation fit fructifier dès son enfance, ces premières semences de piété qu'il avait versées dans son âme ; et soit qu'il régnât dans une glorieuse paix, soit qu'il entreprit de grandes guerres, soit qu'il souffrît de grandes tribulations, Dieu le sanctifia dans sa gloire, Dieu le soutint dans ses travaux, Dieu le couronna dans sa patience.

Si je n'avais, messieurs, qu'à vous parler de la grandeur d’un roi, Je me servirais des règles de cet art ambitieux qui apprend aux hommes à louer des hommes, mais dans l'engagement où Je suis de vous parler des grandeurs d'un saint, je ne dois tirer ce que

{. P. donne la lecon que j’ai adoptée. Le manuscrit de Grenoble porte,

par erreur, sans doute :

DAPE

des douceurs sur lesquelles...

.,..il semble vouloir se laisser posséder par des ames d'élite...

C'est apparemment une modification essayée par le copiste qui n'aura pu

déchiffrer le mot se haster.

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