P. ...du secours du Saint-Esprit que j'invoque
Manuscrit de Grenoble. MIGNE, t. XXXIII, Col. 728.
par l'entremise de Marie, en lui je dis que du sein de la vérité et des lumières de PEsprit divin que j'invoque par l’intercession
de la Vierge. Ave Maria.
disant avec l’ange : Ave.
Il est bon de confirmer la valeur des copies à l'égard des discours que leur auteur a publiés lui-même précisément pour s'inscrire en faux contre la témérité et l’audace des éditions dépendant des seuls copistes. On verra donc, en séries parallèles, quelques autres passages des Panégyriques de Fléchier. Nous venons de lire un extrait contrôlé par deux manuscrits que‘distinguent de minimes divergences. Voici un autre passage tiré du seul manuscrit
de Grenoble
Da manuscrit de Grenoble (N° 19, p. 201). — Panégyrique de saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. — Prononcé par M. Fléchier, Evèque de Nîmes.
Fuil magnus Secundum nomen suum, Maximus per salutem electorum Dei, expugnavit insurgentes hostes ut consequeretur haeredita- Lem Israel. (Eccles., cap. 4).
Madame,
C’est la louange que donne l'Ecriture à ce sage et vaillant capitaine (p. 202) de qui le nom, figure de celui de Jésus-Christ, devoit être fatal à tous les ennemis de son peuple, qui suspendit le cours du soleil, afin de le rendre le spectateur et le témoin de sa victoire, qui vit tomber devant ses yeux les remparts de l'orgueilleuseJéricho, etqui malgré toutes les puissances étrangères, conduisit le peuple de Dieu
(Miexe, t. xx, col. 783). — Panégyrique desaint Ignace de Loyola, prèché dans l’'Eglise de Saint-Louis des pères jésuites, en présence de la Reine, le 21 (lisez 31) juillet
Fuil magnus secundum nomen suum, maxrimus in sulutem electorum Dei, expugnare insurgentes hostes.
Il fut grand selon le nom qu'il portait, très grand pour le salut des élus de Dieu, capable de vaincre les ennemis qui s'élevaient contre lui.
(Eccles., chap. XLVI).
Madame,
Ce sont les louanges que Dieu donne dans ses Ecritures à ce vaillant et sage capitaine qui fit tomber au bruit de ses fatales trompettes les murs de l’orgueilleuse Jéricho, qui suspendit le cours du soleil pour en faire le témoin et le spectateur de sa victoire et qui malgré les efforts de tant de puissances ennemies, conduisit Israël jusqu’à Ja possession de son héritage. Ce sont les louanges qu’appliquait autre-
Manuscrit de Grenoble.
dansla terre de promission. C’est la louange que j'applique aujourd’hui aprèsun souverain pontife, à ce grand et illustre patriarche, qui dans ces derniers temps , brûla de charité pour Dieu, combattit ses ennemis, triompha de l'enfer et des démons, conduisit les élus dans le séjour de la gloire de l'héritage éternel et érigea une compagniesous le nom de Jésus, pour porter l'Evangile sous les deux hémisphères,etdans toutes les extrémités du moade.
C’est de ce saint, Madame, que J'entreprends aujourd’huy le panégyrique. L'Espagne, sous le règne de vos pères l'a vu naïtre ; la France où vous régnez, l'a élevé, le ciel où vous aspirez avec tant d’ardeur, le possède.
Cest le même Esprit qui l'a sanctifié par sa charité et ses abaissements, qui sanctifie Votre Majesté par l'usage de ses richesses et de ses grandeurs, La gloire d’une auguste naissance, l'éclat d’une brillante couronne attirent moins sur Votre Majesté les yeux et la vénération des peuples, que ces pratiques édifiantes d'une piété solide. Elevée sur le trône et le plus souvent prosternée aux pieds des autels, où vous rendez à Dieu de grands hommages et ne donnez aux hommes que de grands exemples, la grandeur qui ne sert qu'à entretenir le faste et à donner la liberté aux passions, ne sert à Votre Majesté qu’à donner plus d’étendue aux
MIGNE,t. XxXxIII, col. 783.
fois un souverain pontife à saint Ignace, qui brûla du désir d’étendre le règne de Jésus-Christ, qui triomphant du monde et de l’enfer, conduisit les élus dans la jouissance de leur salut éternel, et de qui les enfants, sous le nom et sous les auspices de Jésus- Christ, vont porter les lumières de la foi sous l’un et sous l’autre hémisphère.
C'est de ce saint, Madame, que j'entreprends aujourd’hui de faire l'éloge. L'Espagne, sous le règne de vos pères, le vit naître, la France où vous régnez, l'éleva, le ciel où vous aspirez le possède: et l'Esprit de Dieu qui le sanctifia par la pauvreté et l’humiliation, est le même qui vous sanctifie par la grandeur et par les richesses. La gloire d’une illustre naissance, l'éclat d'une brillante couronne, attirent moins sur Votre Majesté les yeux et la vénération des peuples que les praédifiantes d’une piété constante et solide. Elevée sur le trône et presque toujours prosternée devant les autels, vous
tiques
rendez à Jésus-Christ que vous adorez de grands hommages, et vous donnez aux hommes qui vous admirent de grands exemples.. La grandeur qui ne sert d'ordinaire qu’à entretenir le faste et à donner plus de liberté aux passions, ne vous sert que
Manuscril de Grenoble.
vertus et de crédit à l'Evangile dans les temples sacrés où vous habitez plus souvent que dans vos palais, toujours occupée à devenir la modeste et l'humble servante de Jésus-Christ. C'est donc avec confiance que j'entreprends l'éloge d’un saint qui fut autrefois un des plus filèles sujets de vos ancîtres, et, ce que vous estimez davantage, un des plus zélés serviteurs de Dieu.
CLANDESTINE
MIGNE, t. xxXXIII, Col. 783.
pour donner plus d’étendue à la vertu et plus de crédit à la religion. Les jours entiers suffisent à peine à la ferveur de vos oraisons ; et, toujours occupée du désir d’être humble et fidèle chrétienne, vous n'avez presque pas le temps de penser que vous êtes reine. Dans ces temples sacrés où vous habitez plus souvent que dans vos palais, quelles grâces n'attirez-vous pas sur
vous ! Quelles prospérités n'atti-
rez-Vous pas sur tout ce royaume.
Ces larmes que vous avez versées
au pied des autels ont fait croître
ces lauriers si frais, dont Dieu a
couronné le roi, votre époux.
Vous prépariez par vos prières,
les victoires qu'il remportoit par
sa valeur et par sa prudence; et
le ciel bénissant et ses desseins
et vos soins au même temps, vous
aviez à peine achevé de former
vos vœux, qu'il vous obligeait à
lui rendre vos actions de grâces.
On doit celte justice au copiste, qu'il n’a guère défiguré, comme s’en plaignait à tort l’orateur, le langage recueilli dans l’auditoire de la Maison professe. Le soin qu’a pris Fléchier d'éditer lui-même ce compliment à la reine, nous permet d'en juger. D’autres auditeurs officiels laissaient perdre ces parlicularités, que nous n’avons plus que par les scribes, mais sans point de comparaison possible avec les imprimés. Il est donc permis de rapporter ainsi un compliment, dû sans doute à Giroust et qui semble adressé à la reine-mère. Cest bien le même ton que celui de Fléchier. Il fait partie d’un sermon pour le jour de la Purification, ayant pour sujet l’Obéissance à la loi de Dieu, sujet classique à ce jour-là. I faut avouer que, si
l’apostrophe de Fléchier s'adresse certainement à la reine (Marie-Thérèse), on ne peut se prononcer avec la même assurance sur le morceau attribué à Giroust. Bon nombre des traits qu’on y trouve, communs du reste aux deux reines, sont cependant la désignation et presque la caractéristique d'Anne d'Autriche t.
S'il est de Giroust, qui est signalé dans la Liste des Prédicateurs dès 1664, il a pu être adressé à la reine-mère. Ne faut-il pas, toutefois, pour Giroust, qui ne parla Jamais à la cour, renoncer, à cause du jour, qui est celui de louverture du carême royal, à toute supposition concernant une des reines ? Peu importe d’ailleurs lPattribution de la personne : il m’a semblé surtout utile de citer, près du compliment de Fléchier, un autre assez semblable, indiquant les mœurs oratoires du temps et tiré lui aussi des recueils contemporains:
Et c'est ici que je ne puis dissimuler le grand exemple que je vois. Vous avez tous les jours devant vos yeux une personne illustre, qui semble détruire tout ce que je viens de dire de la vanité des grands. Je parle d'une princesse en qui l’on peut dire que tout est grand, que tout est rare, que tout est sublime, et sa naissance, et sa qualité, et sa vertu, et sa pénétration d'esprit et avec tout cela elle fait consister sa gloire à n'en avoir point. Loin de chercher des dispenses, dans les pratiques les plus communes, elle fait sa gloire de ne manquer à pas une, elle ne regarde pas sa grandeur comme une dispense qui l'élève au dessus de tous les autres, mais comme une plus grande étendue d'obligations, qui l’assujettissent aux lois et aux comman- . dements de lEglise. Ainsi elle donne son cœur à Dieu, et son exemple à son prochain. Je n'en parlerois pas si librement devant elle, sachant qu'il n’y a rien qui lui coûte plus que de s'entendre louer, si je n’avois pas autant d’approbateurs que d’auditeurs, et si je ne craignois pas d’avoir manqué au devoir le plus essentiel de mon ministère et d’avoir oublié la preuve la plus convainquante de cette seconde partie, en oubliant de faire ressouvenir tout ce peuple des grands sacrifices qu’il voit faire tous les jours à cette grande princesse en son honneur et de sa qualité, pour l'animer par ce
1. Chérot, La jeunesse de Louis XIV, ch. 1, pp. 9 et 10. Desclée, in-8, pp. 194.
grand exemple, à ne pas faire dificulté de sacrifier des choses qui sont beaucoup moins considérables, à l’obéissance qu'il doit à Dieu. Achevons, chrétiens, et après avoir montré comme il faut obéir aux dépens de sa liberté, et de son honneur, montrons comme il fautobéir aux dépens deses plus tendres inclinations, C'est ma troisième partie 1,
Revenons à Fléchier : ce n’est pas sans dessein que dans son œuvre je choisis les passages plus caractéristiques des éloges du début ou de la fin des panégyriques. Prenons encore, du manuscrit de Grenoble, l’apostrophe finale du Panégyrique de saint François-Xavier, prêché en 1683 dans la même église des Jésuites, cinq années après celui de saint Ignace. Peut-être Bourdaloue entendit-il l’un et l’autre morceau. Après le tableau des succès merveilleux de l’apôtre des Indes, l’orateur, suivant le
copiste, s’écriail :
Manuscrit de Grenoble
Rougissez à la vue de ce spectacle, prédicateurs de l'Evangile, qui recueillez si peu de fruit de vos prédications, parce que, peut-être vous détruisez les vérités de la foi par vos exemples, et la force de la parole de Dieu par les trop grands attachements que vous avez ou à la corruption du monde, ou à vos intérêts personnels. Car voilà souvent ce qui fait que la parole de Dieu que saint Paul appelle un glaive qui pénètre partout et qui découvre ce qu'il y a de plus caché, devient dans des bouches indignes, un son vain et inutile, qui ne produit aucun effet.
Miene, t. xxun, col. 848.
victime de sa charité et martyr de son propre zèle, n’accuse-t-1l pas notre lâcheté, notre tiédeur et notre mollesse ?
Je parle des prédicateurs et des auditeurs tout ensemble, messieurs, et si nous devons rougir à la vue d’un ministère si pur et si apostolique, vous devez rougir à la vue de tant de peuples qui se sont rendus si facilement à la vérité, Car quel fruit fait aujourd'hui la parole de Dieu parmi les chrétiens ? L’évangile se prèche tous les jours, on enseigne les vérités, on déclame contre les vices, et dans ces grandes assemblées, se trouve-til quelqu'un qui s'en retourne mieux persuadé de sa foi, ou
Cet homme...