Ms. Phelipeaux, t. x, fr. 22946, p. 87h
Manuscrit de Grenoble.
Il est bien vrai, Messieurs, que les prédicateurs ne sont pas toujours la seule cause de cette inutilité, puisque les auditeurs y contribuent aussi par leur inapplication, par l’esprit du monde qui les enchante, par les passions qui les aveuglent, et par tant de liens qui les attachent malheureusement à la terre.
Le grand François-Xavier a cette joie de voir, du haut de la gloire immortelle qu'il possède, ses chers confrères qui vont se sacrifier dans les extrémités les plus reculées du monde pour achever ce qu'il a commenté, qui confondent les hérétiques
MIGNE, t. XXIM, col. 848.
mieux disposé pour bien vivre ?
Jugeons-nous, messieurs, peutêtre que nous nous cherchons nous-mêmes, Que NOUS NOUS proposons lPapplaudissement et la vanité plutôt que le salut des äâmes et que nous détruisons par nos mœurs la sainteté de nos paroles.
Il n’est que trop vrai qu'il a peu de ferveur et peu de zèle, et que cette parole de Dieu, qui, comme un glaive tranchant perce et pénètre Jusqu'au travers des os, dans les plus secrètes parties du cœur, lorsqu'elle est dans la bouche des hommes apostoliques, n’est qu’un son inutile qui ne produit rien dans la bouche d’un ouvrier indigne.
Mais ne rejetons pas toute la faute sur ceux qui la prêchent, ceux qui l’écoutent sans profit ne sont eux-mêmes que trop coupables.
Le peu de soumission et de docilité, le peu de recueillement et de réflexion, les amusemens qu'on se donne, l'esprit du monde dont on est rempli, les passions qu'on entretient dans le fond de l’âme sont les sources de ce désordre.
Jésus - Christ ne manque pas de ministres fidèles et Xavier voit encore dans sa Compagnie des successeurs de son esprit et des imitateurs de son zèle ; soit en ceux qui, pour défendre la vérité, n’ont craint ni les artifices, ni les menaces de l’hérésie ; soit en ceux qui, pour annoncer
Manuscrit de Grenoble. MIGNE, t. XXII, Col. 848. par la force de leur doctrine, l'Evangile, se jettent tous Îles qui font retentir les vérités évan- jours dans la plus épaisse bargeliques dans les premières barie, et dounant leur sang et chaires de l'Eglise et qui portent leur vie pour Jésus-Christ, achèle flambeau de la foi dans toutes vent sur leurs corps ce peu les parties de l'univers. qui restait à faire aux passions
de leur apôtre ; soit en ceux qui travaillent parmi nous avec tant de succès à la conversion des pécheurs, prêts à catéchiser les simples, à instruire les ignorants, à consacrer, quandil le faut les sciences humaines au salut et à l'édification dessavants, faisant servir les richesses des Egyptiens à la structure du tabernacle.
Il est assez vraisemblable que l’allusion aux premières chaires de l'Eglise s’adressait à Bourdaloue et à ses émules en succès oratoires, dans ce compliment obligé. Le texte retouché pour l'impression paraît moins transparent et les allusions y sont plus déguisées. On connait, dans cet ordre d'idées, la conclusion du sermon de Bossuet, prêché dans la même chaire, le 1° janvier 1687, le jour de la Circoncision : «Et vous, célèbre Compagnie qui ne portez pas en vain le nom de Jésus !.... »
Fléchier, dans la finale du sermon sur saint Ignace, aurait élé, s’il en faut croire la rédaction du copiste, assez maladroit dans l’éloge. Car au milieu d’un morceau où il déplore en finissant la froideur des ministres de Dieu (bien qu'il adoucisse ces reproches, en parlant à la première personne), 1l lance celte phrase qui ne pouvait qu’indisposer bien des rivaux de ceux qu'il prétendait louer :
Où est le pasteur... qui s'intéresse dans une affaire qui regarde la religion, qui emploie sa science où son autorité pour réprimer le