‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 4 sur 367 · Sainte-Beuve, L. c., p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, L. c., p

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ses œuvres oraloires. Celles-ci sontà sa prédication véritable ce que fut à ses traits vivants l’image reposée, mais bien froide, que Jouvenet prit de lui sur son lit de mort !. N'est-il pas opportun d'essayer de reconstituer, à l’aide des témoignages épars dans les journaux et mémoires du temps, la carrière oratoire d’un homme dont la vie se passa à prêcher ? Ces sermons qui composent toute son œuvre, où et quand les donna-t-1l? Cette chaire qui était son champ de bataille, de quels personnages fut-elle entourée ? Dans quelles églises devons-nous, d’année en année, suivre Bourdaloue et nous le figurer débitant, avec le feu et «la rapidité de prononciation », c’est-à-dire d'action *, que ses contemporains lui reconnaissent, des sermons pour ainsi dire attendus et connus d'avance ? N’y a-t-1l] pas chance de rétablir, au moins d’une manière fragmentaire et incomplète, les séries de ses carêmes ou avents à la ville et à la cour ? J’avoue qu'il sera difficile de faire à l'égard de Bourdaloue une histotre critique de sa prédication aussi satisfaisante que le fut celle de la prédication de Bossuet par le regretté chanoine Lebarq. Outre les fréquentes reprises de sermons et les nombreux remaniements des mêmes sujets, qui n’ont dû laisser entre les mains de l’éditeur qu’une quantité relativement

restreinte de discours, représentant une multitude considé-

1. V. H. Chérot, S. J. {conographie de Bourdaloue, le type aux yeux fermés... Paris, Retaux, 1900.

9. V. à l'année 1691, et aussi pp. 6, note 1, et 293, note 2.

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rable de prédications, il faut tenir compte surtout de l'absence des manuscrits. Jusqu'ici et sans laisser grand espoir, ils se sont dérobés à toutes les recherches. Or on peut se demander à quelles maigres ressources eût été réduit Lebarq, s’il n'avait eu, pour établir sa chronologie des sermons de Bossuet, que l'édition dede Foris, et les mentions, assez rares, faites dans les mémoires du xvir siècle, de la prédication de Bossuet. Il serait donc téméraire d'espérer reconstituer sans graves lacunes la carrière oratoire de Bourdaloue, tant que les sermons autographes n'auront pas été retrouvés, à supposer qu'ils existent encore.

Etait-ce une raison toutefois de ne pas tenter l’entreprise? Pour satisfaire au vœu de quiconque souhaite de Bourdaloue une édition qui nous permette de dater et d’encadrer le plus grand nombre possible de ses œuvres oraloires, un travail préliminaire s'impose, qui consiste tout au moins à grouper les résultats déjà obtenus et comptés comme sûrs, à discuter d’une façon rigoureuse les conjectures plus ou moins solides déjà essayées dans cet ordre de recherches, et qui permette de suivre, autant que possible, année par année, sa prédication jusqu’à sa mort en 170/4. Un certain nombre de sermons, datés depuis longtemps, serviront de jalons dans cette classification chronologique. Surtout, le dépouillement méthodique des Journaux, comme la Gasette de France et le Mercure galant, et des correspondances ou mémoires du xvir siècle,

aidera quelque peu à constituer l’histoire suivie de la

carrière oraloire de ce prédicateur qui, trente-cinq ans durant, parut avec éclat dans les chaires de Paris.

Mais un autre travail est requis encore. Le profit de retrouver quelques dates de plus dans une chronologie qui ne peut rester sans de nombreuses solutions de continuité, ne vaudrait pas peut-être la peine des recherches indispensables, si l’on se proposait seulement de repasser sur les traces de l’auteur de Bourdaloue, sa prédication et son temps. Le beau livre d’Anatole Feugère qui, à bon droit, fut déclaré définitif comme étude de la manière oratoire de Bourdaloue et de la peinture que l’on y peut chercher de son siècle, n’est nullement un livre à reprendre. On doit ajouter que les travaux de Mgr Blampignon et du P. Lauras décourageraient de prétendre à une œuvre originale, après tout ce qu'ils ont pu trouver à dire qui ne fût déjà traité par Feugère, si le point de vue devait rester le même. Mais une veine a été ouverte, ou du moins indiquée par Mgr Blampignon, dont ne s'était nullement occupé l’auteur de Bourdaloue, sa prédication et son temps, celle des copies contemporaines. Cet ordre de documents sur lesquels les premiers biographes avaient plutôt jeté d’abord un discrédit immérité, a été révélé par l'Étude sur Bourdaloue de Mgr Blampignon, parue en 1886. On avait déjà parlé, en des termes très divers, des éditions contem-

poraines de Bourdaloue. Le premier, pour ainsi dire ?,

1. Étude sur Bourdaloue, in-8, Berche et Tralin, (886, — Le P. Lauras, dans son Bourdaloue, paru er 1881, signalait déjà les copies (t. 1, p. 112). Bien qu'il regrette vivement la perte du ms. Montiers-Mérinville, et semble

l’auteur de tant d’études suggestives sur Massillon, Mascaron et Malebranche, a publié des copies d'autrefois qui nous donnent, si vive, l'impression des sermons tels qu'ils furent prèchés.

Grâce à ces indications, il a été possible de retrouver quelque chose du Bourdaloue parlé, qui aura, nous l’espérons, le don de plaire aux hommes d'aujourd'hui.

C’est donc une double restitution ou reconstitution qu’il s’agit d'essayer, d’abord, de la série elle-même et, autant qu'il se pourra, du nombre et de la date des sermons prêchés par Bourdaloue, et, plus tard, des « discours » tels qu'ils furent prêchés. Nous aurions ainsi, à côté de l'édition traditionnelle et connue, près du Bourdaloue justement admiré, lu et goûté, un Bourdaloue nouveau et inédit, qui ne fera nullement tort à l’ancien, mais dans lequel nous retrouverons , avec les qualités reflétées par son œuvre imprimée, des mérites à part, appréciés Jadis de ses contemporains. S'il est vrai que le problème s’imposait à nous parfois d'expliquer l'enthousiasme de son siècle pour un orateur qui semble, à la lecture, peu en harmonie avec l'espèce d’engoûment attesté par les mémoires du temps, nous comprendrons mieux cette attitude de ses auditeurs, dès que nous

prendrons contact avec des textes plus voisins de sa parole.

dès lors soupçonner l'importance de ce genre d'écrits, il paraît trop les avoir assimilés aux recueils subreptices, qui, à ses yeux, sont sous le coup du désaveu de Bourdaloue. — 11 ne faut pas oublicr que, dans cet ordre de recherches, la thèse de M. Lehanneur, professeur à l'Université de Caen, avait ouvert la voie dès 1878. Mascaron d’après des documents inédits, in-8, pp. 405. La Rochelle,

— Ne

Les explications que requiert l'exposé complet de ces moyens de retrouver la prédication «parlée» de notreorateur et la discussion de la valeur des sources manuscrites auxquelles nous la devons, feront l’objet de la première parle de ce travail. Il serait ambitieux de lintituler Bourdaloue inédit, bien qu'au fond ces mots ne dépassent point, croyons-nous, le résultat auquel nous espérons parvenir. Comme le minutieux travail de contrôle et de comparaison critique qu’elle exige nous contraindra surtout à étudier de très près la façon dont la parole de Bourdaloue est parvenue jusqu’à nous, le titre qui lui convient semble bien être « l’histoire critique de la publication des sermons », ou les sermons transcrits et rmprimes.

Nous appelons ia seconde partie : les sermons parlés, et c’est « la chronologie ou l’histoire de la prédication» de ces mêmes sermons avant l'heure où ils furent publiés. Dans celle-ci, l’ordre des temps s'impose, puisqu'il s’agira de rétablir, selon les limites du possible, jour par jour ou du moins année par année, la série des prédications ou des ministères sacrés de Bourdaloue, que Vinet résuma jadis dans cette phrase souvent citée : « Il prêcha, il confessa, il consola, puis 1l mourut, »

Ce sont en effet les diverses fonctions de cet ouvrier apostolique que nous nous proposons de grouper en un tableau où Part fera place à l'exactitude. Dans ce travail de pure histoire nous réunirons, à leur date rigoureu-

sement gardée, tous les événements, même les plus

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minuscules, de cette vie. Afin de la retrouver telle qu’elle se déroula el sans essayer par des artifices de composilion d’en voiler la monotonie, nous rassemblerons, sans autre ordre que leur succession même, les cérémonies sacrées comme les circonstances profanes auxquelles Bourdaloue a été mêlé, Peut-être cette énumération sans apprêt donnera-t-elle une impression plus réelle et une connaissance plus vraie de cette existence peu éclatante, mais moins confinée qu'on ne l’imagine dans l’obscurité de la cellule et plus en contact qu'on ne suppose avec ce monde souvent décrit dans ses peintures.

On dit que Massillon « quand on lui demandait où il avait pris cette connaissance approfondie du monde et de ses diverses passions » qui distingue ses prescriptions morales, répondait : « Dans mon propre cœur !. » Ce ne sera pas faire tort à la psychologie très personnelle de Bourdaloue que de constater, par l’histoire de ses relations avec les grandes familles du temps, qu'il avait su regarder autour de lui en même temps qu’en lui-même,

et c’est à ce point de vue encore que rien n’est à omettre

1. Sainte- Beuve, Causeries du lundi, &. IX, p. 8. Le critique a le tort de rattacher ce mot historique, peut-être sujet à contrôle, comme les « anecdotes à vérifier » dont il parle au début de son article, à la retraite de Massillon renonçant à la chaire pour se cacher à Sept-Fonts. Il suppose assez gratuitement des orages ou des faiblesses dont il rapproche le mot de l'orateur. C’est lui donner par là un sens injurieux pour la vie de Massillon, et dépasser les données de l’histoire. M. l'abbé Bayle aeu raison de réclamer contre ces insinuations non prouvées. La tàrhe de l'historien est, sinon de déclarer la guerre aux anecdotes, du moins de ne les mettre en valeur et en circulation, qu'après les avoir sévérement contrôlées. V. A. Bayle, Massillon, Étude historique el littéraire, p. 46. Paris, Bray, in-12, pp. 494.

des plus futiles occasions qui nous montrent dans le détail la vie intime de notre orateur.

Avant d'aborder cette double tâche, disons un mot des secours que nous avons rencontrés et des ressources mises en œuvre au cours de notre travail.

Sur les recueils manuscrits ou autres sources auxquelles sont empruntés les essais de reconstitution des sermons parlés de Bourdaloue , il est impossible de s'expliquer en quelques lignes et la discussion de ces documents forme une bonne moitié de l'étude qu’on ra dans la première partie de cette Æistoire critique de la prédication de Bourdaloue. Elles sont du reste présentées, en attendant une étude plus étendue avec tout l'appareil technique, dans lPessai de bibliographie des manuscrits, qui suivra cette préface.

Quant aux documents de la seconde partie, ce sont surtout des recueils imprimés qui me les ont fournis. Pour un bon nombre de renseignements groupés ici, je n'avais pour ainsi dire qu’à prendre dans les études antérieures sur Bourdaloue, qui toutes avaient recouru aux mémoires contemporains, aux lettres de M" de Sévigné, et aux annalistes de la cour comme Dangeau, Saint-Simon et le marquis de Sonrches, Je n’ai eu d'autre mérite que de les aller chercher à leur vraie source, sans me contenter de les accepter de seconde main, travail de vérification

qui porte souvent avec lui sa récompense . Je ne crois

1. C’est dans un sens analogue que Lacordaire, abordant l'étude de saint Augustin qu'il appelait le saint Thomas des premiers siècles de l'Église,

donc nécessaire de signaler ici que ce qui concerne Île Mercure gulant et la Gazette de France dont j'ai conduit le dépouillement méthodique jusqu’à l'année 1704, pour celle-ci, depuis l’arrivée de Bourdaloue à Paris en 1669, pour le premier, dès son origine; on sait que la création de Donneau de Visé date seulement de 1672, premier et éphémère effort arrêté en 1674, repris, de façon durable, dès 1677.

Il est important qu’on ne se trompe point sur l'usage de ces deux sources. Loin d'accorder à l’une et à l’autre la moindre infaillibilté « historique, » ‘J'avoue qu’elles sont beaucoup trop officielles ou du moins officieuses, pour qu'on y puisse chercher une appréciation sérieuse des événements et des hommes. Anatole Feugère, que Je dois plus que personne reconnaitre pour un précurseur, a fort bien fait, dans son excellente leçon d’ouverture sur M" de Sévigné, le procès mérité de la Gazette et du Mercure galant. Cette introduction trop peu connue du cours professé en 1874-1879 au Collège de France, a été publiée dans la Revue politique et littéraire ! ainsi que deux autres leçons d'ouverture sur ce siècle de Louis XIV que connaissait si bien le fin lettré. Feugère était partisan de la « méthode qui consiste à replacer un écrivain dans

son milieu », persuadé que la critique littéraire « s’est

(Lettre à M. Lorain, 1e juillet 1833) et de l'Écriture-Sainte, disait le mot que j'ai pris pour épigraphe : « La force est aux sources, et je veux y aller voir. » (Foisset, 2° éd., 1873, t 1, p. 83. Cf. le Correspondant, 25 mars 1817, p. 838.)

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