‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 5 sur 367 · déc. 1874, p · texte numérisé non relu

déc. 1874, p

renouvelée et rajeunie par l’histoire. » Aussi dans ses patientes recherches avait-il dû fréquenter les « journaux du temps». Il avait vite appris à en reconnaitre les lacunes, qu'il signale à bon droit. Leur opposant comme source précieuse et fidèle d'informations sur le siècle, les lettres et celles surtout de la grande marquise : (On avait bien la Gazette, écrit-il, mais elle ne paraissait qu’une fois la semaine ; elle était soumise à la censure préalable, elle se publiait sous l'œil du pouvoir qui ne lui permettait d'annoncer que ce qu’il voulait qu'on sût... Et de fait, qui ne lisait que la Gasette au xvn“ siècle était fort mal renseigné. » À l'appui, il cite la lacune caractéristique de l'A ffaire des poisons, sur laquelle nous aurons à revenir, puisque nous la rencontrons dans la chronologie des sermons. «Quant au Mercure galant, poursuit Feugère, publication moins officielle, mais devenue promptement l'organe méprisé et ridicule de certaines coteries littéraires, il ne saüsfaisait pas davantage la curiosité publique. »

Le verdict paraît sévère. II est dûment motivé et la condamnation n’a point épuisé tous les griefs qui mériteraient d’être invoqués. Je n’ai donc garde de contredire à cet arrêt. Aussi ne sont-ce point les «jugements » de ces nouvellistes que j'ai prétendu enregistrer. Nul n’ignore que les formules laudatives, souvent vagues et banales, véritable monnaie de cour, épithètes de pure politesse, n’ont aucune valeur. Il ne faut pas oublier surtout, pour surcroît de discrédit, que la majorité des articles, sont des

communiqués, des réclames, parfois payées et taxées à la

ligne. Nous nous garderons donc de tirer argument des éloges la plupart du temps envoyés au Mercure ou à la Gaselte par la famille ou les amis du personnage célébré. Il serait même difficile d’être sûr que les extraits de sermons et discours que le Mercure insère comme venant de copistes bénévoles, ayant recueilli à laudition le compliment dont le journal fait part au public ou tel autre passage d’un sermon, péroraison ou exorde, ne vient pas, plus directement, de l’auteur lui-même. Parmi les manières de s’avancer et de se pousser, celle-ci n’était pas la plus rare, et nous rencontrerons plus d’un exemple de ces manifestations de la réclame. Je ne parle pas des nouvelles fausses, que Visé a du reste la pudeur de démentir plus souvent que la Gazette, ni des erreurs de date qui demandent aussi quelque précaution dans l’usage de ces deux recueils. Mais à défaut de certitude historique, il y à cependant beaucoup à prendre là pour la connaissance des mœurs du temps, de la littérature même, car telle lettre de M" de Sévigné reste inintelligible à qui n’a point lu

le Mercure galant des mois précédents, Il y a aussi maint

1. La lettre du 13 mars 1680 (t. vi, p. 305), contient une phrase — les éditeurs ont, du reste, omis de l'expliquer, — qui est une évidente allusion à l'une des « nouvelles » récentes du Mercure galant : « L'amant jaloux et furieux qui tue tout à Arles, met le bouton bien haut à nos amants d'ici: on n'a pas le loisir d’être si amoureux ; la diversité des objets dissipe trop, et détourne et diminue la passion. Il y eut encore une histoire lamentable autrefois à Fréjus : ce climat est meilleur que le nôtre. »

Une note n’eût pas été superflue pour éclairer ces phrases. Elles revêtent un sens beaucoup plus net, dès qu'on sait que peu de temps auparavant paraissait au Mercure le récit dramatique et enjolivé peut-être de je ne sais quels crimes passionnels arrivés à Fréjus et dans la région arlé-

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