‹ Bourdaloue: Histoire critique de sa prédication d'après les notes de ses auditeurs et les témoignages contemporains (volume 2)Chapitre 52 sur 367 · LES CONSÉQUENCES HEUREUSES · texte numérisé non relu

LES CONSÉQUENCES HEUREUSES

transcription opposée ou ne se rencontrait pas dans le travail plus incomplet de l’autre tachygraphe. Mais en face de textes absolument parallèles et comme irréductibles, différents par la teneur même de la rédaction, presque identiques quant à la pensée, le problème est périlleux, et sans parodie d'un vers célèbre, il faut dire à la critique aux abois :

Devine si tu peux et choisis si tu l'oses.

Nous estimons cependant qu’il ne faut pas se hâter de quitter la partie et que, sans se remettre à l’aveugle décision du sort ou du « petit bonheur », on peut espérer obtenir d'un patient labeur de confrontations des textes une somme de résultats équivalente au travail dépensé.

II. Part encore large des renseignements à espérer des copies contemporaines.

Il suffirait à la rigueur de s'arrêter aux exemples cités du sermon de Bossuet, pour montrer comment certains traits évidemment dits, mais retranchés ou retouchés à dessein pour l’édition, nous peuvent être sûrement connus par l’accord des copistes entre eux. N'y eüt-1l que ce résultat, moins futile qu'il ne semble, il y aurait lieu de ne point dédaigner ces secours. Mais le rôle qu’on peut faire jouer aux copies s'étend plus loin. Leurs divergences, pour engendrer un sentiment très légitime d'incertitude, n’anéantissent pas cependant la valeur de leur témoignage, et exigent seulement du critique qui les interroge une extrême circonspection. Les précautions une fois prises, et la réserve la plus scrupuleuse présidant au travail de confrontation de leurs écrits, on y trouve d'immenses ressources pour la connaissance vraie de l’état et du mode de la prédication ancienne. Pourvu que lhistorien se garde d'étendre ses conclusions au-delà des faits

observés et constatés, qu'il s’impose un contrôle rigoureux et ne se hâte pas, sur un cas isolé ou exceptionnel peutêtre, de se construire une théorie qui fausserait ensuite ses observations, il aura, ce me semble, beaucoup à recueillir dans le domaine trop peu exploré de ces copies de sermons. La moisson y sera ample, et, si mêlée d’ivraie qu'on la suppose, elle vaut la peine d'être récoltée.

Pour limiter à Bourdaloue et à l’histoire de sa prédication les résultats que j'estime pouvoir être légitimement cherchés dans cet ordre d'exploration, j'espère montrer, à l’aide des copies relevées de son vivant, sa manière et son « langage », ou si l’on veut, le ton de ses discours. L'accord assez unanime de ces transcriptions du temps nous permettra de mieux saisir les raisons de cette « réputation de prédicateur » qui a fait de son nom Île synonyme de «sermonnaire » par excellence, et de nous expliquer aussi le succès, pour ne pas dire la vogue ou l'engouement, dont témoignent non-seulement les lettres de M" de Sévigné, mais bien d’autres documents moins suspects de complaisance. On verra aisément, par les extraits que J'aurai occasion de citer, comment la foule allait à ces sermons pour d’autres attraits encore que cette vigueur de raisonnement qui pouvait suspendre à ses lèvres les esprits cultivés, mis qui n’eussent pas suffi peut-être à gagner les suffrages de tous les auditeurs. Si la presse des petites gens écartait où décourageait parfais la grande marquise, Si friande pourtant «d'aller en Bourdaloue », c’est peut-être aussi que l'expression vigoureuse, imagée et pittoresque ne faisait pas défaut à ce logicien, qui était avant tout un apôtre convaincu et zélé. Or c’est bien l’impression que nous livre la série des discours retrouvés Jusqu'ici dans ces copistes trop dédaignés.

Importuns sans doute aux prédicateurs qui tenaient pour une trahison la publication prématurée de leurs sermons, les copistes, en nous mettant à même de les entendre, sauf l’action et le ton de la voix, ont cependant rendu à ceux

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